Pierre Jourde

Littérature

J’ai publié en 2002 La Littérature sans estomac pour réagir aux choix d’une certaine critique établie, qui accordait une importance démesurée à des livres à mon sens sans intérêt, alors que la littérature compte beaucoup d’auteurs passionnants que l’on ne mentionne pas assez. Il s’agissait aussi, tout simplement, de regarder de près les textes au lieu de parler d’autre chose, et de prendre plaisir à la pratique d’un genre littéraire assez peu fréquenté : la satire.

Je m’attendais, bien sûr, à de vives réactions. Je me préparais à ce que la critique soit, en toute justice, critiquée. Dans ma naïveté, je ne prévoyais pas qu’il s’agissait, pour certains, de tout autre chose : non pas de lui répondre sur le plan des textes et des idées, mais bien de lui dénier toute légitimité, et de jeter sur elle la suspicion, sur le plan idéologique ou moral. Si les soutiens ont été nombreux, de nombreuses répliques ont visé au-dessous de la ceinture. Surtout, elles ne se sont pas manifestées ouvertement. Pour l’essentiel, elles ont consisté en menaces épistolaires envers mes soutiens, lettres d’insultes (notamment de la part de Monique Atlan, animatrice de télévision), manœuvres pour faire supprimer des articles de moi, ou à mon sujet. Tout cela avec un certain succès. Ces faits ont été détaillés dans Petit Déjeuner chez tyrannie, écrit avec Eric Naulleau, pour bien faire sentir à quel point le petit monde du journalisme littéraire fonctionnait trop souvent sur l’intolérance et le sectarisme. Peine perdue. Depuis, rien n’a changé. Bien au contraire, c’est un déni tranquille qui s’est installé. Ainsi, dans son autobiographie, Josyane Savigneau, l’ancienne responsable du Monde des livres, s’estime victime de la « calomnie ». Ce terme de « calomnie » est repris par presque tous les chroniqueurs (notamment par Nathalie Crom dans Télérama, la critique avisée qui prenait les textes authentiques recueillis dans le Jourde et Naulleau pour des pastiches) comme s’il relevait de l’évidence. Josyane Savigneau n’a pas été évincée de la direction du Monde des livres parce qu’elle piétinait joyeusement toute déontologie, mais parce qu’elle vient de la province et qu’elle est une femme (ce dont on ne s’était pas aperçu, dans doute, avant de lui attribuer son poste). C’est bien évident. Les injures, les menaces, les interdictions diverses, de la part de Josyane Savigneau, dont ont été victimes ceux qui m’ont soutenu, sans même parler de moi, n’ont donc pas existé, rien de tout cela n’est vrai, quand bien même cela serait avéré. On pourrait le hurler continûment, exhiber les lettres, les textes, cela ne servirait à rien.

La liste de ces interdits serait longue, ils ont été très nombreux depuis six ans. Je me contenterai d’en évoquer deux récents : une page portrait devait paraître dans le journal Le Monde, et a été supprimée sur intervention d’une journaliste du supplément littéraire. A la rentrée 1998, Claire Devarrieux, responsable du supplément littéraire de Libération, a déclaré à l’attachée de presse des éditions Balland qu’elle ne publierait jamais d’article sur un auteur qui a critiqué des écrivains défendus par Libération. Bien plus, l’interdiction s’étend aux auteurs publiés dans la même maison que le coupable, Balland et l’Esprit des péninsules. Ils paient pour lui.

Inutile de chercher à dénoncer ce sectarisme. On vous répondra que vous quand même pas si malheureux, que si on vous entend, c’est bien la preuve qu’il n’y a pas de censure, que tout cela n’est pas grave, on n’est pas en URSS, et il y a mieux à faire que de se plaindre. Comment répondre à cela  ? Bien sûr, on est entendu, bien sûr on est publié, on existe, une forme de reconnaissance finit par advenir. Mais les pressions constantes, les interdits en sous-main, les petites censures répétées, les injures, tout cela doit être considéré comme normal, il ne faut pas les dénoncer. L’existence même d’un tel sectarisme, chez des journalistes qui ont toujours le mot de liberté sous la plume, est considérée la plupart du temps avec indifférence.

En fait, non seulement dénoncer ce genre de pratiques ne sert à rien, mais bien plus, on finit par être soi-même regardé comme douteux. Soit on vous reproche de vous poser en victime, soit, c’est encore plus fréquent, on relève avec dégoût les faits que vous rapportez, en déclarant que cette agitation de marigot ne grandit pas la littérature, et ne concerne qu’un petit milieu assez répugnant. Autrement dit, on peut toujours s’évertuer, le seul résultat en sera que l’on sera mis dans le même sac que ceux à qui l’on s’attaque, et sali par cela même qu’on leur reproche. Soit ce que l’on dit est faux, sans discussion, sans appel, sans même examen du dossier, soit, vrai ou faux, l’on en est de toutes façons déconsidéré : le mieux serait de se taire.

Depuis six ans, grâce, en partie, au soutien moral apporté par de nombreuses manifestations de solidarité, j’ai pu poursuivre, sous diverses formes, ce travail satirique sur la littérature. Mais les effets pervers ont fini par devenir difficiles à endurer. Le plaisir critique, l’audience et la sympathie de quelques esprits ne suffisent plus, en tous cas, à les compenser.

Il est fatigant, d’abord, de se voir systématiquement identifié à la seule polémique. On devient le méchant, le cogneur de service. On vous réclame des éreintements. On vous demande tous les ans de participer à l’éternelle dénonciation de l’éternelle corruption des prix littéraires. On commente tous vos livres, même des romans exempts de polémique, en fonction de ce seul aspect. Bref, on est folklorisé. On peut avoir publié, aux environs de la cinquantaine, trois livres consacrés à la satire sur un total de trente, consacrer les neuf dixièmes de son temps à des romans ou à des essais littéraires, rien n’y fait. Le violon d’Ingres critique masque tout le reste.

On peut avoir écrit maints articles d’éloge, avoir consacré beaucoup d’énergie à une petite revue qui publiait de jeunes auteurs, des poètes d’avant-garde ou des artistes, pour certains, on sera, jusqu’à la consommation des siècles, celui qui n’aime pas la littérature de son époque. On peut donner toutes les preuves du contraire, rien n’y fera. Il y a surtout une profonde lassitude à se voir opposé à l’infini les mêmes arguments, quand bien même on s’est échiné à y répondre. Ces arguments sont reproduits inlassablement, par des universitaires, des journalistes, des écrivains, des « bloggeurs » ou des lecteurs. Tentons d’en donner rapidement la teneur.

La plus fine psychologie s’y allie à une sociologie de haut niveau : Le critique est aigri, envieux, plein de ressentiment (Philippe Lançon dans Libération), il se venge de sa médiocrité. C’est l’argument le plus fréquent, le cliché obligatoire, il est ressassé à l’envi, c’en devenu un automatisme. Variantes : il veut se faire connaître, sur le dos des autres. Il ne fait jamais que chercher des places, il agit par « dépit de ne pas avoir un strapontin » parmi les Beigbeder et Rolin. (Sébastien Lapaque dans Le Figaro). Eternelles beautés de la psychologie… Dernièrement, Pierre Bergé, dans l’émission de François Busnel, a agressé Eric Naulleau, à propos du Jourde et Naulleau, sur l’air : vous attaquez les autres pour vous faire connaître. Pierre Bergé censeur (il a fait interdire dans son magazine Têtu la publication d’un entretien gênant pour Mme Savigneau, à la demande de celle-ci), Pierre Bergé mafieux (il décerne un prix décembre alors que Sollers, éditeur du lauréat, figure dans le jury) considère que la critique est répugnante : c’est dans l’ordre des choses. Dans l’ordre des choses aussi, aussitôt après cette sortie, l’éloge de Pierre Bergé dans Le Monde sous la plume de la prévisible Savigneau. Pour ces gens-là, ce ne sont pas les textes qui comptent, ce sont les relations sociales et le pouvoir. L’amour universel de la littérature est un alibi commode.

Donc, le critique « crache dans la soupe » (ce qui connote une certaine ingratitude, quand bien même on ignore de quelle soupe au juste il s’agit). Il éprouve de la haine pour tel ou tel auteur, il poursuit d’obscures vengeances. Les universitaires le désapprouvent : polémiquer ne sert pas la littérature. Même l’excellent ouvrage La Littérature française au présent vous expédie le pamphlétaire en deux lignes : son livre n’a été écrit que pour « régler des comptes ». Quel comptes  ? Quel arriéré  ? on ne sait pas. Même si la personne du critique est jugée sympathique, il semble louche qu’il se livre à une telle activité, cela dénote un côté Jekyll et Hyde dont il faudrait se méfier, du moins si l’on en croit Didier Jacob.

Géographiquement, c’est un provincial qui dénonce la corruption parisienne, ou c’est un puritain qui se prétend incorruptible et joue les chevaliers blancs, ou bien au contraire un arriviste prêt à tout pour qu’on le voie à la télé. Il est tout aussi pourri que les autres. C’est, comme le dit bien Etienne de Montety, du Figaro, un « faux rebelle ». D’ailleurs, précisent d’autres, il fait ça pour de l’argent, la motivation de ses livres est commerciale (oui, cela aussi a été écrit). Si on le voit à la télévision, si on l’entend, si on le lit, cela montre bien qu’il est corrompu, « vendu au système », et que son seul but était de faire parler de lui. Si on ne le voit pas, eh bien il n’existe pas, et c’est au fond ce qu’il a de mieux à faire. D’un côté, certains journaux s’emploient à lui refuser la parole, autant que possible, de l’autre, de braves lecteurs sourcilleux sur l’éthique s’offusquent qu’il paraisse ici ou là, ce qui leur semble une marque de compromission.

Politiquement, il est bien entendu réactionnaire. Variantes : lepéniste, poujadiste, populiste, abondamment attestées, voire pétainiste, dans Le Monde, à propos de Pays perdu, car « la terre ne ment pas » ; ou encore, si l’on en croit Edwy Plenel, « ennemi de la liberté ». Car il est réactionnaire, semble-t-il, de préférer Novarina, Chevillard ou Cadiot à Darrieussecq et Delerm. Cette idée du caractère réactionnaire de la critique est, elle aussi, universellement répandue. (Jean-Philippe Domecq, en son temps, a déjà été assimilé aux nazis) Elle vient d’être récemment reprise par Michel Abescat, dans Télérama, à propos du Jourde et Naulleau. Ce poujadisme littéraire qu’on lui impute n’empêche nullement, d’autre part, de considérer qu’en manifestant son peu de goût pour des auteurs largement reconnus, le critique prouve son mépris du public.

Tantôt il choisit la facilité en attaquant des auteurs inconnus (ou en défendant des auteurs célèbres), tantôt il fait preuve d’élitisme en attaquant des gens connus (ou en défendant des inconnus). Les deux idées ont été souvent exprimées, parfois simultanément. S’il s’en prend à des célébrités, des auteurs de best-sellers, c’est là aussi trop facile, car alors il « enfonce des portes ouvertes », et de toutes façons cela ne sert à rien, les lecteurs de ces écrivains ne le liront pas. Pour certains, il faudrait ne s’attaquer qu’aux grands auteurs. Pour d’autres, aux petits. S’il attaque des femmes, il est sexiste. De toutes façons, il ne critique jamais le bon écrivain (c’est toujours celui qu’il ne commente pas qui aurait été le bon), ni le bon livre, ni le bon passage, puisque, bien entendu, il ne commente que des « citations détachées de leur contexte », quand bien même la citation en question ferait deux pages. D’ailleurs, il est trop simple de se pencher sur le détail du texte, à ce compte-là, on ferait passer les plus grands génies pour des imbéciles.

D’une manière générale, la satire est indigne d’un véritable écrivain, qui reste au-dessus de ces vils combats pour ne se consacrer qu’à son œuvre. Elle est, idée martelée, une « perte de temps ». Non seulement parce qu’elle ne sert à rien et ne change rien, mais parce qu’il y a tant de bons auteurs et si peu de temps qu’il est vain de dénoncer les mauvais : ne parlons que de ce qui est bon (entendu mille fois).

Si l’on consent à admettre la légitimité d’un ouvrage critique, celle-ci est refusée pour le deuxième. Là, le critique se répète. Il fait toujours la même chose, il « exploite le filon ». Encore une fois, il ferait mieux de changer d’activité.

Ce n’est pas la violence, la malhonnêteté ou la bassesse de certaines attaques qui ébranle vraiment, mais la puissance d’inertie qui semble prédominer, jusque chez des gens de bonne foi, convaincus que, dans le champ littéraire, toute polémique est soit inutile, soit un peu sale. On peut avoir développé une argumentation nourrie pour répondre à tout cela, montré qu’on n’a rien de « réactionnaire » et qu’on est un grand amateur de littérature contemporaine, peine perdue, tout cela reviendra en boucle. Le martèlement l’emportera sur le raisonnement. Alors, même si on ne se sent pas spécialement victime, la fatigue finit par l’emporter. On n’a plus envie d’argumenter, et l’on se dit qu’en effet, ils ont raison, tout cela est inutile, autant s’arrêter. Il y a quelques pages polémiques dans mon dernier ouvrage, Littérature monstre, et je les regrette presque. Je me prépare à entendre l’antienne : exploiter le filon, cracher dans la soupe, réactionnaire, régler des comptes, aigreur, parler des bons livres, enfoncer des portes ouvertes, etc. Je ne parviens plus à trouver la force de répondre. C’est un piège : on n’en finit pas, toute l’énergie passe à se justifier sans fin d’exercer une activité au fond normale. Mais je l’ai toujours considérée comme annexe. Alors, à quoi bon  ? J’avoue que j’y regarderai, désormais, avant de me lancer dans la satire ou la critique négative. En fait, il est fort probable que je suspende sine die la pratique ces sports. D’aucuns, bien entendu, ne manqueront pas d’interpréter cela comme une tactique de qui cherche des places ou s’intègre au système. On finit par éprouver le sentiment de ne rien pouvoir faire contre de tels automatismes mentaux, contre ce bétonnage de la pensée, cette manière d’aller toujours au plus bas, comme s’il y avait une évidente universalité de ces sortes de sentiments.

Certains continuent, ici et là, à pratiquer un genre devenu marginal dans le monde de la promotion et de la prudence. D’autres auront peut-être l’audace de s’y lancer. Je leur souhaite bon courage.

(Causeur)

Septembre, saison des feuilles imprimées. 700 romans paraissent. Parmi eux, un a la chance de retenir l’attention des médias. L’auteur est déjà connu. L’éditeur mise sur lui, n’hésite pas à se lancer dans de gros tirages, mobilise les chroniqueurs amis. Les piles s’entassent dans les FNAC. C’est un récit puissamment original, c’est une autobiographie bouleversante. L’auteur le signe dans des salons du livre, entouré de la déférence des lecteurs et des attachés de presse.

Mi-octobre, six semaines plus tard, loin de Saint Germain des prés. Les prix littéraires ne sont pas encore décernés. Un poids lourd descend une rue de Vigneux, entre Villeneuve Saint Georges et Orly. Arrivé aux lisières des cités que l’on appelle « « sensibles », il franchit les portes d’une entreprise spécialisée dans le recyclage de matériaux. Le camion décharge une benne remplie de dix tonnes de livres. Dix tonnes de livres roulent sur le béton comme dix tonnes de pommes de terre. N’importe quels livres, en vrac. Pêle-mêle, des biographies du président de la république encore chaudes, des Chroniques des jeux olympiques de Pékin, des cahiers de devoirs de vacances, des romans de présentateurs de télévision écrits par des mercenaires, des livres pour enfants, des fiches cuisine, des encyclopédies. Dans le tas, 10.000 exemplaires de la bouleversante autobiographie. 10.000 fois l’objet unique, le précieux reliquaire des aveux intimes et des pensées délicates. Un bulldozer pousse les dix tonnes de mots sur un tapis roulant. Le tapis roulant les monte vers le cylindre de la broyeuse, qui les avale. Ils disparaissent. On entend le bruit des roues dentées qui les déchirent. Finies les simagrées.

Le même drame se rejoue plusieurs fois par jour. La dramaturgie compose entrée de camions, agitation spasmodique des engins élévateurs et des bulldozers, éviscération des volumes, fracas des machines crachant leur ballot de matière. Théâtre de la cruauté, mixant le sacré et la matière brute, fascinant dans sa frénésie mécanique.

A l’autre bout de la chaîne digestive sort un ballot compact d’un mètre sur un mètre. Il est composé d’un amas de pages lacérées. On reconnaît Le Suédois sans peine, En forme grâce aux plantes Baisers brûlants, Youki contre les martiens. Et ici, sortant à demi du paquet, morceau d’entrailles échappant d’un ventre  ? Un bout de page de l’autobiographie bouleversante, qui bavarde tout seul, dans le tas de paroles mortes.

Tel est le pilon. Pilon : un mot qu’on ne prononce jamais entre les murs d’une maison d’édition. Il existe, mais on ignore où il se trouve, comment se déroulent les opérations. L’écrivain préfère ne pas savoir. Les livres disparaissent en douce, comme on liquide des condamnés au fond de cachots discrets. Et l’on surveille de près le trajet des ouvrages vers leur destruction. Au départ, l’entreprise de recyclage laisse une benne dans les entrepôts du distributeur. Celui-ci la remplit progressivement, avec des livres trop longtemps stockés et que plus personne ne demande, des tirages excessifs ou encore des ouvrages présentant un défaut de fabrication. Souvent, le distributeur déverse dans la benne des palettes entières de livres, sous leur film plastique intact.

Le trajet des camions, entre le lieu de stockage des livres et le pilon, est rigoureusement minuté. Un retard important, et le chauffeur doit revenir au point de départ. Parfois, un huissier vient contrôler la cargaison. Tout cela pour éviter que les livres destinés à la destruction ne soient détournés et vendus à la sauvette. Et si un employé s’avise de mettre dans sa poche un petit volume parmi les millions de ceux que l’on décharge pour les détruire, il est immédiatement licencié. Le pilonneur de Une trop bruyante solitude, de Bohumil Hrabal, qui sauve des livres de la destruction, aurait été renvoyé depuis longtemps.

Dehors, sur l’immense terrain entouré de murs, surveillé jour et nuit par trois gardiens, les cubes de matériaux récupérés s’entassent, mélangeant le blanc, le rose, le rouge, le jaune, le vert. On dirait l’atelier à ciel ouvert d’un artiste mégalomane spécialisé dans les compressions. Le vent agite des fragments de pages déchirées. Certaines s’échappent, qui vont ça et là rouler leurs phrases amputées. Aux colonnes glorieuses de best sellers dressées dans les librairies répondent ces hauts pilastres funéraires de mots désormais dépourvus de sens et de destination, qui ajoutent au vacarme industriel le brouhaha silencieux, la cacophonie entassée en quoi consiste leur survie provisoire.

On sent, chez ceux qui travaillent au pilonnage, la conscience aiguë de manipuler un objet à haute teneur symbolique. On en parle avec pudeur. On tient à montrer que le pilonnage n’est pas une pure destruction, une mort définitive. Les livres broyés serviront à nouveau.

Vous commandez une pizza. Vous la sortez du carton, jetez celui-ci. Vous ignorez que vous venez de mettre à la poubelle l’autobiographie déchirante, dans la première de ses réincarnations. Le papetier qui a acheté les cubes de livres pilonnés les a fondus dans ses bains chimiques pour en tirer des cartons à chaussures, des cahiers, des emballages, du papier journal. Lesquels reviendront à leur tour dans le cycle des métempsycoses. La poésie confidentielle et la littérature alimentaire nourrissent indifféremment cette industrie.

Le papier ainsi recyclé connaîtra sept vies successives, comme les chats. On voudrait pouvoir déchiffrer, dans ses derniers états, le palimpseste de textes qui se sont inscrits, les uns après les autres, dans ses fibres, formules poétiques, notices d’utilisation, slogans publicitaires ou listes de composants.

L’esprit désire se faire chair. Il voudrait prendre le poids, l’épaisseur et l’évidence des choses. Un livre réalise partiellement ce rêve. Au pilon, il tourne au cauchemar. L’esprit est réifié, le livre renvoyé aux dimensions du poids et de la quantité. On y met à nu sa condition de corps industriel, de matériau, indéfiniment reproductible, indifféremment destructible. On malaxe de la conscience morte. Le XXe siècle a sacralisé l’individu et le livre. Et c’est lui qui, en même temps, a inventé les méthodes industrielles de leur destruction.

On stocke un certain temps des ouvrages qui se vendent mal, et puis on finit par les détruire. Bien souvent, le pilonnage suit immédiatement le retour de librairie. Mais le pilon ne constitue pas seulement la sanction d’une mévente. L’éclatante réussite d’un auteur produit autant de pilonnage que l’échec. Cela fait partie d’une stratégie délibérée de surproduction. Il n’est pas rare qu’un éditeur prenne dès le départ le parti de faire imprimer des milliers de livres pour les pilonner. Car leur rôle consistera à impressionner, à donner le sentiment de l’importance de l’œuvre. Il faut se montrer, faire masse dans les FNAC, écraser la concurrence par le poids. L’entassement de 100.000 livres sert à en faire acheter 50.000. Les 50.000 autres seront broyés. Car le pilon coûte moins cher que le stockage. Il rapporte, même : Cent euros la tonne de papier.

Cinquante mille fois deux cents pages, à peu près deux milliards de signes imprimés. Chaque année, en France des machines broient environ cent millions de volumes. Cent millions, ce qui représente le cinquième des 500 millions de volumes fabriqués annuellement dans le pays. C’est cinq fois plus qu’il y a vingt-cinq ans. « Les livres m’ont enseigné le goût et le bonheur du ravage », dit le pilonneur de Bohumil Hrabal. Et c’est en effet dans la fréquentation des livres peut-être que l’on devient sensible à la splendeur du spectacle de leur destruction. L’admiration inquiète s’accompagne aussi, secrètement, d’un soulagement, qui répond à l’angoisse que tout écrivain éprouve en découvrant la pléthore de volumes exposés dans une librairie : Table rase de tout ce bavardage, Du silence, enfin, d’où l’on puisse refonder la parole. Et l’on saurait presque gré au pilon de nous débarrasser des livres inutiles et des tirages excessifs.

Reste que ce système de surproduction-destruction est absurde. Déjà, la modernisation des techniques d’imprimerie permet de réimprimer très vite en cas de forte demande, au lieu de se risquer d’emblée aux gros tirages. Et s’il y a un seul avantage du livre électronique, ce pourrait être d’en finir avec cette absurdité.

(Le Nouvel Observateur)

La question soulève le problème général de la médiatisation de l’écrivain. Je crois, avant de discuter de la position médiatique d’Eric Naulleau, qui semble heurter beaucoup de gens, qu’il faut au préalable retracer la manière dont il est passé du statut de petit éditeur à celui d’animateur de télévision.

Il a fondé sa maison, L’Esprit des péninsules, pour faire connaître en France certains écrivains des pays de l’est. Il traduisait parfois lui-même les Bulgares. Il publiait aussi, de manière secondaire, du fonds français et quelques auteurs contemporains. Après la publication de La Littérature sans estomac, il a répondu à une proposition de rencontre avec Josyane Savigneau. Il en est sorti révolté. Notamment par les propos qu’elle a tenus à mon sujet. Elle estimait que j’avais une tête d’homosexuel, et souhaitait que le sida la débarrasse de moi. La colère l’a conduit à écrire le récit de cette rencontre, Petit Déjeuner chez tyrannie. C’est avec ce livre qu’il s’est découvert une veine pamphlétaire. Nous avons ensuite sorti Le Jourde et Naulleau. Nous avons été invités à parler de ce livre chez Laurent Ruquier. J’ai refusé, en dépit des pressions de l’éditeur, car j’estimais que ce genre d’émission ne sert à rien, sinon à transformer un auteur en bouffon. Par la suite, j’ai plusieurs fois refusé de paraître dans cette émission pour parler de l’affaire liée à mon récit Pays perdu, estimant ne pouvoir alimenter avec cela un programme de divertissement.

Eric y est allé. Ruquier et lui se sont bien entendus, et il a été invité comme chroniqueur, d’abord occasionnel, dans l’émission « On n’est pas couchés » (si je ne me trompe pas). Je crois aussi qu’il intervenait sur LCI. Au même moment, L’Esprit des péninsules se portait très mal. La maison avait beaucoup de dettes, Eric n’arrivait même plus à se salarier lui-même. En 2007, il a dû déposer le bilan. La télévision est donc arrivée pour lui à point nommé : à la fois parce que son talent pamphlétaire venait de se révéler à lui, et parce qu’il n’avait plus un sou, et qu’elle lui a permis, tout bêtement, de payer son loyer. Je pense que ceux qui lui jettent la pierre devraient se demander sincèrement si, dans la dèche complète, ils refuseraient d’intervenir dans une émission de télévision où on leur demanderait de parler de livres pour un salaire très honorable.

Par la suite, Eric a pu faire renaître L’Esprit des Péninsules, parce que l’édition reste essentielle pour lui. Il dirige aussi Balland, où il vient de publier un jeune romancier prometteur, Johann Trümmel.

Est-il à sa place comme animateur de télévision  ? Trahit-il son idéal littéraire  ? Est-ce de la prostitution  ? Est-il « récupéré par le système »  ? Ce type de question, au-delà de son cas personnel, soulève un problème plus général. Toute personne qui, d’une manière ou d’autre, devient publique, est amenée à se la poser, et cela la confronte parfois à des situations délicates, qui mettent en jeu son éthique. Jusqu’où peut-on aller pour se faire entendre  ? Je me suis souvent posé cette question. On y répond comme on peut, sans être toujours très content de soi.

Eric et moi n’avons pas tout à fait la même position. Je préfère choisir les émissions. Comme je n’ai pas la télévision et que je n’y connais rien, je me suis fait piéger au début, une ou deux fois. Mais dans l’ensemble, j’essaie de me tenir aux émissions à vocation culturelle qui me paraissent à peu près sérieuses. Cela n’est pas toujours facile à doser. Eric, lui, pense qu’on peut faire passer un message, quelque soit le lieu. Je respecte cet avis. Je crois qu’il faut être très fort pour arriver à ça. Il est bien possible qu’il le soit, en tous cas plus que moi. Je n’ai vu que quelques-unes de ses interventions dans l’émission de Ruquier. Il ne m’a pas paru qu’il donnait dans le racolage et la vulgarité. Ses critiques portent toujours sur le contenu du livre ou du film présenté. Elles sont souvent négatives, mais pas toujours. D’autre part, je l’ai vu à plusieurs reprises enrober ses appréciations négatives d’éléments positifs. Bref, tout cela me semble relativement mesuré. Et je ne suis pas mécontent de le voir dire leur fait à de mauvais auteurs comme Breillat ou Boccolini, à des crétiniseurs comme Cauet.

Ce qui n’est pas mesuré, ce sont les réactions qu’il suscite, à la fois de la part des auteurs et du public. Il est agressé et conspué. Son cas, en définitive, est symptomatique : les artistes ne supportent plus la moindre critique. Eux, et le public, ont pris l’habitude de la promotion et de la flatterie. Et plus ils se veulent rebelles, plus ils apprécient la flagornerie. La loi du marché est de vendre, donc de dire du bien de tout le monde. Personnellement, je trouve plus humiliant, pour un artiste, de figurer dans des émissions de variété idiotes où on lui sert la soupe, que de se trouver confronté à un vrai critique. Et puis surtout, beaucoup des gens qu’il attaque ont une couverture médiatique énorme, font l’objet d’une approbation sans discussion, s’expriment partout, sont partout louangés. Dans ces conditions, entendre une voix légèrement différente me paraît indispensable. Que faire sinon  ? Considérer qu’il faut laisser les imbéciles occuper un espace médiatique de toutes façons condamné, et faire autre chose dans son coin  ? C’est possible, oui. Eric a choisi d’occuper une petite partie du terrain pour s’opposer, et je ne pense pas que cette option soit condamnable en soi. D’autre part, je crois que les émissions qu’il prépare n’auront rien à voir avec de la télé-poubelle. Il faudra voir. Celle avec Mazarine Pingeot consistera à visiter les écrivains d’un pays, en commençant par Israël. Je n’ai pas vu l’autre, sur TPS star. Il s’agit d’une émission de critique culturelle, si j’ai bien compris.

Mais est-ce vraiment de la résistance, en réalité  ? Est-ce que le système ne se sert pas de lui comme caution, parce qu’il faut des méchants  ? Est-ce qu’il ne joue pas le rôle que l’on attend de lui, celui d’un alibi commercial  ? Ne renonce-t-il pas à tout sens en allant chez Ruquier  ? Tout cela n’est-il que du show  ?

Bien sûr, il y a là un risque. L’industrie du spectacle est assez forte pour digérer n’importe qui. Mais je le connais, et je crois qu’il tente honnêtement de profiter de la tribune qu’on lui offre pour faire passer un peu de sens. Qu’il y parvienne ou non, il me paraît abusif de le condamner trop vite.

Plus généralement, je sais qu’il y a des gens qui sont toujours prêts, du haut de leur vertu bien entendu absolue, a décréter que les autres sont « récupérés par le système » dès lors qu’on les a vus à la télévision ou que leur signature figure dans tel ou tel journal. Inversement, lorsque vous critiquez la corruption des prix ou la bêtise des médias, comme je l’ai fait, on vous traite de moralisateur ou de curé. Je crois tout simplement que ces gens n’ont jamais été confrontés à la réalité d’une vie publique. Ils reproduisent des schémas simplistes, qui sont précisément diffusés par les médias, amateurs de caricatures : les purs ici, les impurs là. Les choses sont un peu plus complexes, et la justesse éthique, pour autant qu’on puisse s’en rapprocher, doit tenir compte de cette réalité complexe. Ne jamais apparaître nulle part, la pureté idéale, cela peut être une stratégie. D’ailleurs, au-delà de la vie publique, on pourrait à bon droit considérer la vie sociale dans son ensemble comme une série de compromissions. Ou de compromis. Et le compromis, en soi, me semble une bonne chose pour vivre ensemble.

J’ai lu, sur votre site, des réactions de gens me reprochant de donner des textes au Magazine littéraire, ce qui est assez surréaliste. Il faudrait carrément ne pas publier de livres, tant qu’on y est, puisqu’à publier, en effet, on se compromet avec un système de commercialisation du livre. Oui, je publie chez des éditeurs, toujours des éditeurs indépendants, dont je respecte le travail, pas dans des maisons qui dépendent de conglomérats industriels. Je publie aussi dans des revues, parfois confidentielles, parfois plus commerciales, mais en général littéraires. J’ai eu un an une chronique dans Marie-Claire. J’ai tenté d’y faire passer, pour un public large, quelques textes sur des gens que j’estime. Je crois qu’il faut transmettre, faire passer des idées, pas seulement au sein d’une minorité intellectuelle, mais aussi pour un public élargi, en essayant de ne pas renoncer à l’essentiel de ce à quoi l’on croit. Telle est ma ligne de conduite, et telle est l’idée que je me fais du rôle d’un intellectuel. C’est aussi ce que je fais, sous une autre forme, en enseignant à l’université. Les puristes peuvent toujours condamner. Cela signifie, comme règle de conduite : ne pas parler de soi, en tant que personne privée, mais de ce qu’on écrit. Ou ne parler de soi que dans la mesure où ce qu’on écrit est directement concerné. Rester sur le plan des idées. Ne pas faire n’importe quoi et ne pas aller n’importe où. Mais accepter d’aller là où l’on pense pouvoir dire une ou deux choses, à condition qu’il ne s’agisse pas de clowneries et de pur divertissement. Dans l’expérience concrète, cela peut donner des résultats très différents. Souvent, on repart avec l’impression de ne rien avoir pu dire, c’est vrai. Mais il arrive parfois qu’on puisse faire passer quelque chose.

Eric et moi nous trouvons pris, depuis le début, entre deux feux.

D’un côté, des gens qui exercent un pouvoir médiatique, et qui nous empêchent régulièrement de publier. Je pourrais dresser la liste des articles supprimés, des intimidations, ce serait long. Dernier exemple en date : Un journaliste du Monde vient chez moi, pour préparer une page portrait. Il m’appelle, gêné, deux jours après : sur intervention du Monde des livres, l’article est supprimé. Bien entendu, tout cela ne se voit pas. On ne voit que ce que nous publions.

De l’autre côté, tous les puristes du dimanche, qui nous accusent de compromission dès qu’ils nous voient publier ou apparaître sur un écran. En gros, l’idée est la même : fermez-la. Les deux se rejoignent là-dessus. Ou bien on publie et on parle, et on est compromis, ou bien on se tait, et personne n’entend parler de vous.
Tout de même, maugréait Burtal en chipotant le cadavre d’un glutineux poulet aux fragrances de coaltar et de jupon douteux, enchâssé, ainsi qu’un fossile, dans le mucus d’une sauce à la colle, tout de même, quelle époque que la nôtre, où, par crainte des improbes carnes que les mastroquets ont la rage d’introduire dans les estomacs de leurs prochains, on doit se résoudre à avaler les ragougnasses que consent à préparer, tout en pestant dans ses moustaches, la pipelette. Oui, décidément, c’en est fait, plus rien n’est à espérer d’un monde américanisé jusqu’aux moelles, où, en fait d’artiste, le dernier des mufles à déverser sa sauce littéraire à l’essence d’alcôve et de bidet est adulé ainsi qu’un voïvode par un public de paltoquets et de goujats, où l’on ne croise plus, dans la rue, que des faciès marinés dans les miasmes des ghettos, que des trognes recuites aux soleils du midi, arborant, sous le nez en bec de pygargue, des nappes d’azur. Au lieu, ainsi que cela se pratiquait en des temps moins ramollis, de lier les juifs à des potences et de tenailler leurs chairs pour la joie du peuple, on les laisse régner sur l’Europe cariée de vices, avariée de turpitudes, et ils sont, ainsi que des saints, vénérés. Même les catholiques le dégoûtaient, qui se gorgeaient des rillettes de dévotion raclées par Saint-Sulpice, se montraient tout à la fois bégueules et ignares. Quant au plain chant, c’étaient des brames de ténors basanés, des roucoulades à l’ail de castrats napolitains qui désormais, sous les antiques voûtes naguère impollues, résonnaient. Et Burtal avait beau, afin de s’élancer en esprit vers des siècles moins décomposés, inspecter ses collections, ni les monstrances d’électrum, ni les spicilèges de manuterges, ni les vitrines garnies de rares osculatoires, ni les anciennes eaux-fortes montrant des écartèlements ou des éviscérations ne parvenaient plus à l’amuser. Ah, décidément, s’écria Burtal, mon vieil ami des Herminthes a effectué un choix judicieux, qui s’est retiré dans les aîtres du monastère de Saint-Marcien-de-Glandaille. Quant à lui, quel que fût le désir qui le poignait de s’extirper de cette société composée pour moitié de gredins et pour moitié d’imbéciles, il hésitait à franchir le pas, malgré son confesseur, l’abbé Grolle, qui le poussait vers l’oblature. La carrure d’arpin de l’abbé recelait une âme athlétique. Afin d’apaiser les scrupules de Burtal, qui hennissait d’effroi à l’idée d’absorber une hostie qui ne fût pas élaborée dans des substances pures, selon des recettes licites, Grolle se procurait, chez des clarisses, des hosties spéciales à triple effet protecteur contre les assauts démoniaques. La veille, après complies, Burtal avait reçu le corps du Sauveur. Il aurait voulu s’éperdre en des ribotes d’âme, mais possédait, s’avouait-il, un cerveau à l’exacte semblance d’un égout. Il s’était recueilli en oraison devant une Vierge de Memlinc, en laquelle resplendissait la foi naïve et drue du moyen âge. Aux premières jaculations, son esprit, quoique estrapadé de remords, s’était évadé. Des visions l’avaient assailli. Sa pensée se vautrait dans d’atroces profanations, d’abominables sacrilèges. Notre-Dame lui était apparue ainsi qu’une idole païenne de l’antique Bactriane. C’était, tout à la fois, la Déesse et la Fille. En les deux gouttes coruscantes de ses yeux se recueillait l’osmazome de perversités invues. Ses seins dardaient, que décelaient des soieries tavelées d’orfroi, piquetées d’argent. Sur son ventre farci de cymophanes se déversait le coulis sanguinolent des rubis, et ses cuisses, huilées de schnouda, farinées de serkis, ondulaient. Là, une bête de cauchemar, moitié crapaud, moitié bouc, surgissait. De ses griffes, elle arrachait les entrailles de la Femme. L’émonctoire du monstre jaillissait, turgide, et pénétrait dans les tripes fumantes qu’il fécondait de venin.

Burtal, à confesse, s’était vidangé de ces ordures. Classique, avait bougonné l’abbé Grolle. Cauda corrumpitur caper, comme l’écrivait Tyrannius Rufinus. Ce sera quelque vénéfice celé en des hosties piégées par l’abominable chanoine Bougron. Allez chercher du renfort à Saint-Marcien, auprès de l’abbé Flambard, il connaît des obsécrations propres à désarmer les plus experts démonicoles.

(Le Magazine littéraire)

Les articles se multiplient pour dénoncer le travail critique effectué par Eric Naulleau dans diverses émissions de télévision.

Comment peut-on être aussi méchant  ?

Comment peut-on s’en prendre à des artistes qui font leur travail avec tout leur cœur  ?

Les réponses s’imposent : pour faire de l’audimat, pour gagner de l’argent, pour être connu sur le dos des autres, parce qu’on est aigri, parce qu’on a une revanche à prendre sur une vie minable, parce qu’on est un réactionnaire qui déteste l’art contemporain. Aucune surprise : Ce sont les sempiternels arguments que l’on assène, depuis quelques lustres, à tout individu qui sort du rang de la promotion obligatoire. Jamais il ne viendrait à l’esprit de personne qu’on peut critiquer pour donner son avis, que cet avis n’a pas à être nécessairement positif, et qu’il n’est pas toujours facile d’expliquer, face à l’auteur, que l’on n’a pas aimé une œuvre. Gavé de flagorneries, l’artiste ne comprend même plus que l’on puisse émettre l’ombre d’une réserve sur son travail. Abruti de sirop, le public se range systématiquement de son côté. Ils devraient trouver beaucoup plus humiliants, voire méprisants, les éloges doucereux et obligatoires qu’on leur sert en général. Non : ils sont devenus incapables d’admettre la moindre remise en cause. Ils préfèrent être guignolisés, participer à des bouffonneries ou à des déballages exhibitionnistes que faire face à une critique parlant de leur travail. Ce qui frappe, dans les interventions de Naulleau, c’est à quel point elles sont modérées, enrobées d’éloges, et, autant qu’on le laisse parler, circonstanciées. Surtout, il parle de l’œuvre, pas de la personne. De cela, on a perdu l’habitude. Mais la moindre réserve est encore de trop. L’artiste répond par des insultes, des procès ou carrément des attitudes violentes. On voit Azouz Begag et Cali, qui se réclament de la démocratie, empêcher des critiques de parler et les agresser. Tel est notre monde : la grosse farce et le commerce, tant qu’on veut. La réflexion critique  ? Non, merci. Critique, ta gueule. Comment  ? Tu parviens à te faire entendre  ? C’est que tu es vendu au système. Les rebelles de confort sont fragiles. Ils n’aiment pas qu’on les secoue trop fort.

Pierre Jourde



Beaucoup d’auteurs étrangers vivants doivent passer par de petites maisons pour se faire reconnaître. La Fosse aux ours effectue un travail essentiel pour la connaissance de la littérature italienne. L’Esprit des péninsules publie des écrivains mongols, croates, bulgares ou turcs. Anne-Marie Métailié donne à lire, entre autres, des textes brésiliens ou portugais, Liana Levi traduit de l’hébreu ou du yiddish.

Enfin, c’est bien souvent dans la petite édition que l’amateur trouvera des rééditions soignées d’auteurs oubliés ou des textes rares de grands auteurs. Sillage publie le Tannhaüser crucifié de Hanns Heinz Ewers, les éditions du Sandre ressortent Les Soirées de Saint Petersbourg de Joseph de Maistre, essentiel pour l’histoire des idées au XIXe siècle. C’est grâce à la défunte Chasse au Snark et aux éditions du Fourneau que l’on peut retrouver maints textes de la fin du XIXe siècle, grâce à Max Milo que l’on redécouvre le tout premier Goncourt, John-Antoine Nau, ou, sous une forme malheureusement très incomplète, le Entartung de Max Nordau, une des références du discours fasciste sur la création. Le Castor astral exhume des textes méconnus de Bove, Nodier, Satie, Jarry. Longtemps, on n’a pu se procurer certains de romans des Huysmans ou des recueils de nouvelles de Jean Lorrain que chez A rebours, Christian Pirot, Maren Sell. Et qui d’autre que Jérôme Millon publierait les introuvables de la mystique chrétienne  ?

En dépit de leurs faibles moyens, ces éditeurs sont aussi, fréquemment, des artistes, réalisent de beaux livres, que ce soit dans la tradition - belle typographie, beaux papiers, belles maquettes - ou dans l’invention, jusqu’à faire du livre un véritable petit objet d’art moderne. Pour des sommes très modestes, on peut se procurer les superbes ouvrages de l’Archange Minotaure, d’Eolienne, de l’Epi de seigle ou de la Sétérée.

Les petits éditeurs ont à la fois un problème de visibilité et un problème d’argent. Les libraires croulent sous l’accumulation de romans. Comment trouver un espace pour un recueil de poésie tiré à trois cents exemplaires, mal distribué, et dont on vendra un ou deux en six mois  ? Non seulement les journalistes accordent presque toute la place, à chaque rentrée littéraire, à deux ou trois livres publiés par Flammarion, Grasset ou Albin Michel, mais les prix les plus connus vont systématiquement aux grandes maisons. Enfin, comme s’il fallait définitivement en finir avec la pluralité et avec l’édition indépendante, celles-ci envahissent les rayons avec des tirages massifs, entassent des piles dans les Fnac. On publie 700 romans français en septembre. Cette abondance ne signifie pas que le lecteur a vraiment le choix. Les mémoires d’un chanteur ou le roman d’un présentateur de télévision chez XO ou Lattès ne sont pas nécessairement plus lisibles et plus palpitants que, chez Allia, un récit d’Oliver Rohe ou une réédition de Pierre Louÿs. Mais en l’absence de véritable information, le lecteur moyen ne choisit pas : il prend ce qu’il voit et ce dont tout le monde parle. Certains ont les moyens de lui faire croire qu’il choisit.

On s’étonne donc des offensives régulières des grandes maisons qui prétendent que les meilleurs écrivains sont tous chez eux et s’en prennent aux petits pour leur reprocher de n’avoir qu’un succès de snobisme, ou d’encombrer les tables des libraires. Il ne suffit pas aux grands éditeurs d’être riches, il faut aussi que les autres n’aient pas le droit d’exister.

Un petit éditeur, à moins de bénéficier d’une fortune personnelle ou de trouver un mécène, finit par être dévoré par un plus gros. S’il veut survivre et demeurer indépendant, il doit souvent avoir recours aux aides à la publication apportées par le Centre National du Livre. Mais celui-ci ne peut pas soutenir tout le monde. L’implantation en province permet de solliciter l’aide des centres régionaux du livre. Seule une minorité de petits éditeurs est installée à Paris. Mais l’appui des collectivités locales peut entraîner une nouvelle sorte de dépendance, et obliger l’éditeur à entrer dans le système des féodalités politiques. Certaines régions accorderont leur soutien de préférence à des livres illustrant le patrimoine régional : d’où une tendance à se tourner vers la littérature du terroir. La décentralisation se recroqueville en localisme culturel.

L’édition tend à se concentrer en vastes conglomérats rassemblant maisons d’édition et journaux. Ces conglomérats deviennent eux-mêmes la propriété de groupes industriels qui vendent de tout, de l’eau, du papier journal, des écrivains, des armes. D’où une production orientée vers une rentabilité rapide, une puissance écrasante de distribution et de promotion, et de permanents conflits d’intérêt : les journalistes chargés d’orienter les choix littéraires des lecteurs sont salariés par des producteurs de livres.

L’indispensable survie des petites maisons indépendantes ne sera possible que si les pouvoirs publics considèrent sérieusement la culture comme une exception aux règles du libéralisme, non seulement en s’opposant à certains regroupements, mais en assurant la véritable autonomie, politique, économique et culturelle, des Centres régionaux et national du livre (CRL et CNR). Les bibliothèques, médiathèques, universités pourraient aussi orienter leur politique d’achat et d’animation en faveur des petites maisons indépendantes présentes dans leur région –ce que certaines ont déjà à cœur de faire, d’ailleurs.

Il en va de la responsabilité des tous ceux qui interviennent dans la diffusion du livre, afin que le public des petits éditeurs ne se limite pas aux curieux, aux amateurs éclairés. Les libraires qui tentent de soutenir ces maisons ont eux-mêmes besoin d’appuis. Un journaliste devrait mettre un point d’honneur à ne pas se faire l’auxiliaire d’opérations publicitaires, ni, sous prétexte d’« événement », à se précipiter au secours des vainqueurs. Les membres des jurys des prix littéraires, au lieu d’accorder les plus rémunérateurs aux plus riches (qui ont, il est vrai, quelques moyens de manipuler ces jurys) devraient avoir à cœur de couronner des ouvrages publiés par de petites maisons. On en est loin, hélas.

(le monde diplomatique)

Il y a de grands mémorialistes pleins d’eux-mêmes, tels Chateaubriand ou Saint-Simon. Mais ils ont l’intelligence de leur orgueil. Ils savent que la vanité trop visible suffit à gâter les qualités d’un texte. On peut légitimement être fier de son talent. Mais la véritable intelligence a aussi pour effet de rendre l’orgueil discret. Elle sait que, s’il est excessif, il apparaît aux autres, non seulement comme un manque de savoir-vivre, mais comme une tache aveugle de l’esprit, un défaut de conscience de soi. L’orgueil trop visible se retourne en bêtise. Un fat est aussi et d’abord un sot. A un ouvrage de l’esprit sans distance, sans humour, aveuglément plongé dans l’autosatisfaction, il manque l’esprit. Il ne s’agit pas de vertu, de morale, mais bien de perfection, et, dans une certaine mesure, de stratégie. On s’étonne qu’un homme qui ne cesse de se déclarer habile stratège comme Sollers manque de cette stratégie élémentaire, et tombe si facilement dans le panneau de la suffisance.

Le caractère le plus évident de l’auteur de L’Etoile des amants éclate dans Un vrai roman : la bouffissure. Philippe Sollers est gonflé comme une outre, rempli de lui-même, de sa propre importance. Il s’auto-congratule, il adore sa gidouille, il se prosterne devant l’idole qu’il est à lui-même, il aime le fumet de l’encens qu’il a brûlé à ses pieds. Son intelligence tourne ici à la naïveté : ivre de la joie de s’adorer, il n’imagine pas un instant qu’il y ait là quelque chose d’anormal. Il publie une revue, L’Infini, depuis des années presque exclusivement composée de textes de lui, de sa femme, ou de ses thuriféraires. L’idée d’une sorte, peut-être, très éventuellement, d’inélégance de la chose ne paraît pas pouvoir l’atteindre. Pas lui. Il est au-dessus de ça. Il ne donnera ni dans l’autocritique, ni dans la discrétion, vertus bourgeoises et judéo-chrétiennes. La conscience du ridicule d’un tel ballonnement de l’ego ne l’effleure pas. Au siècle de Voltaire, de Beaumarchais, de Rivarol, la boursouflure du vieux magot aurait fait rire. A notre époque confite en respectabilité, elle ne suscite que respect.

Sollers hume avec délectation les plus énormes flagorneries des Badré, Meyronnis, Haenel, il les trouve bien méritées, et il récompense le petit personnel par des articles dans Le Monde ou des prix Décembre. Philippe Sollers, comme membre du jury de ce prix, le fait décerner à un auteur qu’il a publié comme directeur de collection. Qu’en dit Philippe Sollers dans ses mémoires  ? Aucun problème. Il n’a aucun pouvoir. Il est un ermite qui ne voit personne, tout entier dans l’écriture. Le reste, c’est du « mensonge social ». La déontologie, c’est pour les médiocres, les moisis, les jaloux.

La société, c’est le mensonge. Vieille idée rousseauiste, reprise par tout le XIXe siècle que Sollers déteste tant, alors qu’il fait profession d’admirer le si social XVIIIe siècle, pour lequel, hors de la vie sociale, il n’était point de salut. Curieux. Mais l’idée de mensonge social est bien commode : elle permet de s’exhiber et de se compromettre ad libitum, tout en décrétant qu’en réalité, on déteste la société. Tout le discours sollersien, cela apparaît clairement dans ces mémoires, est fondé sur le déni.

Qu’un écrivain commente ses livres, rien de plus légitime. Le silence hautain peut aussi être une pose. Mais Sollers tire parti de cette idée pour justifier le fait qu’il se montre partout, squatte les émissions télévisées les plus minables. Attention, proclame-t-il, ce n’est pas Philippe Sollers que vous voyez, Philippe Sollers est un autre, Philippe Sollers n’est pas un bouffon télévisuel, Philippe Sollers est un vrai écrivain. C’est ainsi qu’on peut se prostituer à ce que notre société a aujourd’hui de plus répugnant, le cirque médiatique, tout en prétendant être ailleurs. Sollers est toujours différent de ce qu’il commet. On peut lui reconnaître l’invention de cette conception originale de la responsabilité.

Lorsque Philippe Sollers est éditorialiste au Monde, ce journal publie de pleines pages d’éloges lyriques de tous ses livres, et ses petits protégés de L’Infini y sont encensés, sur de pleines pages itou. Qu’en dit Philippe Sollers  ? Mais comment donc, mais aucun problème, c’est l’amitié. Apparemment, ce népotisme ne dérange personne. Daniel Garcia, dans Livres Hebdo, voit, dans l’éloge de Savigneau par Sollers, de la fidélité en amitié. Pour sûr. C’est beau, l’amitié. Mais L’Infini systématiquement déversé dans Le Monde, au-delà des belles vertus de l’amitié, ça ne pose pas quelques difficultés  ? Allons donc. Seuls les jaloux s’offusquent de cela. Les réseaux, c’est bien, c’est de la stratégie, c’est brillant. La société, ce n’est pas bien. Les réseaux, oui, la société, non.

Spécialiste du déni (s’il a soutenu la révolution culturelle et ses crimes, c’était juste par intérêt pour la Chine), Sollers l’est aussi du reniement et de l’ingratitude. Il a été publié vingt ans par le Seuil, à perte. Le Seuil n’est pas mentionné dans Un vrai roman. Il n’est question que de Gallimard. Gageons que si un jour Sollers quitte Gallimard, ce nom disparaîtra aussi de sa mémoire. Ainsi efface-t-on les photos des hiérarques disgraciés au gré des changements de régime.

Ne moralisons pas, puisqu’il est entendu que moraliser, ce n’est pas bien, c’est une marotte de vieux curé. Continuons tranquillement à fonctionner dans le népotisme, et à nous en étonner rituellement à chaque rentrée littéraire. La petite corruption des lettres, accompagnée de son narcissisme cynique, fait partie du folklore français, avec les fromages qui puent, le béret basque et la baguette sous le bras. Mais il ne s’agit pas, en l’occurrence, de se réclamer de la pureté des mœurs. C’est, encore une fois, l’absence presque complète de sens du ridicule qui est ahurissante dans le cas de Sollers et de ceux qui le défendent. Plus c’est gros, mieux on avale la malhonnêteté, la mauvaise foi, la vanité et les sophismes. Ce qui confond, en l’occurrence, c’est que de telles énormités, au pays du persiflage, ne suscitent même plus l’ironie.

On pourra goûter dans ce livre un assortiment complet et savoureux des variétés de fatuité. Philippe Sollers établit un florilège des dédicaces flatteuses qui lui ont été adressés, des lettres de gens qui ont trouvé ses œuvres géniales. Quelques formules réjouissantes du Maître lui-même : « Je fais effervescence dans les mémoires. Il était temps » ; (sur son film Méditerranée :) « tout cela surprenant et très beau […], c’est nouveau, frais, inquiétant, surgissant, impeccable » ; « j’ajoute une touche inédite à l’histoire des hommes et des femmes » ; Femmes  ? « je ne vois pas de livre plus informé, multiple, corrosif et léger » ; « Je ne pense pas que, sans mes acrobaties médiatiques, quelque chose d’essentiel aurait pu être malgré tout maintenu et transmis » ; « [Roth] a été jusqu’à dire que j’étais le seul écrivain français existant. Voilà du discernement acoustique » ; « Attendons ma mort qui fera, peu à peu, monter ma réputation au beau fixe » ; « Le pape a pris la peine d’ouvrir mon livre, et, naturellement, il l’a trouvé, comme moi, excellent » ; « dans un roman, sans craindre la comparaison, je pourrais dire que j’occupe exactement la même position que Montaigne il y a plus de quatre siècles ». « Vous [vous, c’est Lui] avez une facilité d’élocution, elle est flagrante, agaçante […], cinq ou six idées à la fois, pourquoi pas […], vous abondez en citations de toutes sortes […]. » Avec Défense de l’Infini, Philippe Sollers a refait L’Encyclopédie, pas moins. Philippe Sollers se cite abondamment, et se réjouit d’être si excellent. « Pour quelques jeunes aventuriers curieux de l’avenir, je crois nécessaire de fixer mon emploi du temps à Paris ». L’éternité saura donc que Philippe Sollers prend un deuxième café à 7h.30. Philippe Sollers sera « lu par les Chinois en 3007 ». (Pauvres Chinois. S’ils savaient. Curieux, chez ces auteurs de troisième ordre, cette rage de vouloir imposer leur insignifiance aux générations futures). Non content d’être un grand écrivain, Philippe Sollers se proclame aussi « l’amant idéal de ces dames », entre autres, que voulez-vous, parce qu’il a un corps qui plaît. Il n’y est pour rien, c’est un don.

L’heureux lecteur d’Un vrai roman ne s’ennuiera pas. Les gags se succèdent à un rythme haletant. On apprend ainsi que le malheureux Marcelin Pleynet est « censuré », et cela par « jalousie ». Censurer Marcelin Pleynet. Jalouser Marcelin Pleynet. Il fallait y penser. Invitons toutes les personnes charitables à se proclamer jalouses de Marcelin Pleynet, ça lui fait tellement plaisir.

Mais le sommet du désopilant est atteint avec la rencontre entre Philippe Sollers et le pape Jean-Paul II :

Il tend le bras et appuie longuement sa main droite sur mon épaule gauche, tout en me regardant droit dans les yeux. Rituel militaire plus qu’étrange, d’autant plus que l’intensité du regard est du genre laser rayon vert. Pas un mot, silence de vie criant, félicitations pour mon activité de mousquetaire libre […].


Et on entend murmurer, dans le silence religieux : -T’as de beaux yeux, tu sais. – Embrassez-moi. (Notons au passage que dans tout silence, Sollers ne peut pas s’empêcher d’entendre des félicitations.)

Introduit dans tous les cercles du pouvoir médiatico-éditorial, Philippe Sollers adore jouer au réprouvé, au censuré, au suspect, au paria. En réalité, qu’on puisse ne pas admirer Philippe Sollers est inadmissible pour Philippe Sollers. Une histoire suffit à dépeindre le personnage. On ne trouvera pas, bien évidemment, cette anecdote dans Un vrai roman. Il y a quelques années, au cours d’une réception, la responsable du rayon librairie d’un grand magasin parisien lui avoue qu’elle a été déçue par son dernier ouvrage. Le grand homme, ulcéré qu’une si petite créature ose ne pas le révérer sans réserve, ne discute même pas. Il va illico se plaindre à qui de droit. A l’employée insolente, on a donné le choix : faire des excuses, ou perdre son emploi. Malheur à celui qui critique l’œuvre de notre génie des Carpathes : on adore, ou est viré. Il faut lire Un vrai roman à la lumière de cette anecdote. Philippe Sollers ne fait pas partie de la France moisie. Pas moisi pour un sou, lui. « Aucune bassesse », écrit-il dans ses mémoires. Tout dépend de ce qu’on appelle bassesse. Sollers n’est que méprisant, puéril, boursouflé, vaniteux et délateur. Le Combattant majeur /(appellation contrôlée Le Monde des livres) ne cesse de se dire victime de la haine des clergés et du complot des médiocres. Sans doute les médiocres lui jalousent-t-il de telles manifestations d’insurpassable médiocrité.

(Le Magazine des livres)

Les revues sont faites pour mourir. Hesperis était une petite revue semestrielle assez moche (j’en avais malheureusement choisi la sévère maquette de couverture) qui, durant les huit numéros et les quatre années de sa courte année d’existence, a constitué un assez curieux melting pot. Si, de son vivant, elle n’a pas été tout à fait un phare de la vie parisienne, elle restera peut-être, dans la mémoire de quelques amateurs de curiosa, comme un joli cas d’étrangeté littéraire.

Elle a été fondée à une table de café, à la fin de l’année 1997, par une poignée d’universitaires et d’écrivains. Le comité mêlait des Italiens (Paolo Tortonese, Enrico Rufi), des Français (Pierre Brunel, Gilbert Salmon), un Norvégien (Per Buvik), un Américain (Edmund White) et un Allemand (Josef Jurt). André Guyaux, directeur de la rédaction, est un professeur à la Sorbonne, d’origine belge. Je me suis bombardé directeur de la publication. L’idée était de faire la revue la plus ouverte possible. Chaque numéro accueillerait critique, création littéraire dans tous les genres, inédits de grands auteurs, traductions, et, pour agrémenter le tout, un petit cahier consacré à un jeune artiste. Les non-français avaient pour tâche de nous fournir en textes étrangers non traduits auparavant. Aucun préjugé quant au genre, à la forme, pas de courant littéraire dominant : des délires abstrus voisinaient avec des textes de facture très classique, des études savantes avec des fictions échevelées. Nous voulions la revue la plus ouverte possible, avec tout de même une propension déclarée pour l’ironie, l’humour, le détournement, le paradoxe. Tout cela tranchait avec le jansénisme de la présentation. Je pense que nous aurions dû choisir une maquette nettement plus affriolante, cela aurait peut-être suffi à changer le destin d’Hesperis.

Ce côté hybride se retrouvait jusque dans le mode de distribution et d’impression. La revue était la danseuse d’une maison d’édition franco-italienne spécialisée dans les bibliographies savantes, Memini, que dirige toujours Claudio Galderisi. C’est chez lui que, religieusement, chaque semestre, au prix de force expressos, nous nous acquittions de la corvée de la mise en pages, avant de donner la chose à l’imprimeur. Cet imprimeur, durant un certain temps, a été William Théry. Il avait naguère fabriqué les plaquettes de nouvelles partout refusées que je m’étais résolu à autoéditer. C’était un érudit qui vendait par correspondance des éditions du XIXe siècle. Il habitait, seul avec sa fille de quinze ans, une petite maison dans un village de la Beauce, au milieu de rien. Les pièces débordaient de monceaux croulants d’ouvrages et de revues séculaires, surmontés de bols de café au lait ou d’assiettes de pâtes en équilibre instable. Théry assurait les fins de mois en se livrant à des travaux d’impression sur une presse à l’ancienne, énorme saurien noir qui attendait, dans la remise attenante, qu’on le nourrisse avec le numéro en cours.

D’un autre côté, Hesperis avait pignon sur rue : Memini lui assurait une distribution par les PUF, et avait réussi à lui obtenir, au moyen de tortueuses manoeuvres bureaucratiques, une confortable subvention de la Communauté européenne. Je me souviens douloureusement des exigences sadiques de l’Europe pour lâcher ses sous. Ses formulaires labyrinthiques ne devaient ni être reproduits sur ordinateur, ni remplis au stylo. Il fallait donc imprimer les renseignements, les découper au ciseau et les coller sur les bordereaux officiels. Cela me rappelait l’école primaire et les collages qui déjà me semblaient techniquement hors de ma portée.

Au départ, la lecture et le choix des manuscrits étaient assurés par Loïc Chotard et moi. Loïc Chotard était un garçon brillant, autoritaire, au regard et à la voix impressionnants, spécialiste du romantisme, qui écrivait des textes retors, dont « La conjuration des égaux », dans le n°1, donne une assez bonne idée. Il serait sûrement devenu un écrivain réputé. Il est mort en 1999, à trente-neuf ans. A partir du n° 2, je me suis occupé seul du sommaire. La difficulté consistait à trouver, pour chaque numéro, une traduction, un artiste, un poème, etc. Cela a parfois engendré des situations acrobatiques. Un collaborateur de la revue devait traduire une nouvelle de la romancière américaine Rikki Ducornet. Quelques jours avant le bouclage, le travail n’était pas fait. Je me suis mis à traduire en urgence une autre nouvelle (au cas où celle qui était prévue arriverait tout de même à temps). Je me suis aperçu trop tard qu’elle était déjà traduite, par le mari de Rikki Ducornet, et publiée chez Deleatur. Ce qui m’a valu un échange de lettres assez vif avec le directeur de cette estimable maison, qui avait publié notamment un ami très proche, Robert Vigneau. Je me suis rattrapé en invitant Guy Ducornet à nous donner une traduction d’un autre texte, passionnant, de son ex-épouse Rikki.

Dans les huit numéros d’Hesperis, le curieux trouvera donc (liste non exhaustive) :

Un texte de Claude Louis-Combet sur Léda.
Des poèmes de Charles Dantzig, Richard Rognet, Robert Vigneau.
Une étude D’Enrique Vila-Matas sur Echenoz.
L’unique pamphlet répertorié d’Eric Chevillard, « Le tombeau d’Alexandre Jardin ».
Plusieurs chapitres, disséminés dans les numéros, de ce qui devait devenir La Littérature sans estomac.
Une nouvelle d’Eric Faye.
Un texte d’Odile Massé, actrice dans la compagnie 4 litres 12.
Un démontage précis des approximations de Pierre Bayard par Claudio Galderisi (ce serait à renouveler sur Hamlet)
Le début, en plusieurs livraisons, de La Marge Molle, de Johann Trumel, sorti à la rentrée 2008 chez Balland.
L’ultime texte publié de Loïc Chotard, « Quant au risque zéro ».
Une traduction par Eric Naulleau et son épouse de Visa de transit du bulgare Nicolaï Stoïanov.
Des étrangetés de Régis Macle, François Migeot ou Régis Bailly.
Un texte inquiétant de la norvégienne Gro Dahle.
Des poèmes symbolistes inédits d’Antonin Artaud, dédiés à Robert de Montesquiou, eh oui.
Un récit tintino-dadaïste inédit du grand poète belge Odilon-Jean Périer
Journaux de voyages et apophtegmes brillants de Nils Gascuel.
L’unique texte en français du grand romancier oudmourte Arslan Outourgour, traduit par Altoun Outourgoureva, sa veuve. Il s’agit d’un extrait de Mozgha, poème épico-mystique de 8500 pages (1996).
Une déconstruction métaphysique du string par Laurent Soufflet.
L’engueulade, par Jean-Yves Masson, (traducteur entre autres de Hoffmansthal) du metteur en scène d’Electre à La Monnaie de Bruxelles. Des réflexions sur l’art par un spécialiste des neurosciences.
Des réflexions sur l’art par un spécialiste des neurosciences.
Un entretien avec Nicolas Bourriaud, fondateur de la revue Perpendiculaire.
Un entretien avec Nicolas Bourriaud, fondateur de la revue Perpendiculaire.
Quelques une des 2000 photographies du sexe d’une femme de Henri Maccheroni.
UDes photographies de Jean Luc Dorchies représentant diverses sortes de monstres au moyen d’autoportraits (il faut voir pour comprendre, c’est désopilant).
Des dessins miroesques de Kristian Desailly
etc


Tout cela, du vivant de la revue, n’a jamais intéressé qu’une soixantaine de personnes par trimestre. Avis aux collectionneurs. Je leur signale au passage que plusieurs centaines de numéros occupent encore ma cave et celle de Claudio Galderisi. On les cède un bon prix.

(Décapage)

Vous avez été un des premiers, après Jean-Philippe Domecq, à dénoncer avec Eric Naulleau, les errements de la critique littéraire française, ses collusions d’intérêt, son goût pour une « littérature sans estomac »… Dresseriez-vous aujourd’hui le même constat  ?

P.J.
Les collusions dans l’édition et le journalisme sont connus depuis Mathusalem, la corruption des prix fait jaser depuis belle lurette, c’est même un « marronnier » de la rentrée, ça finit par faire partie du folklore. Nous ne sommes pas les seuls ni les premiers sur ce terrain - Il faut remarquer tout de même une nouvelle ligne de défense face aux critiques : lorsqu’on dénonce cette corruption, on se fait traiter de « moralisateur ». Domecq a montré, avec courage, la grande difficulté qu’il y a aujourd’hui à critiquer des écrivains et des artistes contemporains qui, par ailleurs, ne cessent de se proclamer « rebelles » ou « dérangeants ». Cela lui a coûté très cher. On a mis sur cet homme de gauche un écriteau infâmant de fasciste. J’y ai eu droit aussi. Les méthodes ne changent pas. De mon côté, j’ai tenté de montrer l’écart entre le discours critique, qui tend à faire de tel auteur sans intérêt un grand écrivain, et la pauvreté du texte si on l’examine dans le détail. Depuis, l’inanité de la critique journalistique n’a fait que croître et embellir. Le Monde des livres envoie un prix Goncourt photographier sa maman, c’est Voici en littérature ; on y porte systématiquement au pinacle les protégés de Sollers. Les Inrockuptibles font à Littell un procès pour défaut de modernité. Ils préfèrent les problèmes de couple et de droits d’auteur de Mme Angot à une reconstitution ambitieuse du parcours d’un SS. On parle du chien de Houellebecq ou de la voiture de Houellebecq. N’importe quoi sauf le texte, comme d’habitude. La peopolisation de la critique est en bonne voie. En ce sens, elle se conforme aux impératifs des industriels médiatiques, qui ne veulent pas de sens, mais de l’exhibition. Et l’on continue à prétendre que plus on s’exhibe, plus on « dérange ». Le cliché contemporain du « dérangeant », inexorablement resservi, est une prothèse qui permet à des critiques assez pauvrement équipés intellectuellement de se prendre pour de redoutables agitateurs.

Vous êtes un écrivain reconnu : vos romans sont remarqués, vos essais universitaires largement glosés… Pourtant, la critique institutionnelle, comme certains de vos lecteurs, n’ont pas toujours été tendres avec vous ! Comment vivez-vous ces attaques

P.J.
Pour ce qui est des lecteurs, ça se passe bien. Si vous faites allusion à une demi-douzaine de paysans, ce ne sont pas des lecteurs : ils n’ont pas lu, de leur propre aveu, le livre qui les révolte si fort. C’est devenu une habitude que d’assister à des manifestations plus ou moins violentes contre des films non vus ou des textes non lus. Du côté de la réception journalistique, cela s’est aussi très bien passé dans l’ensemble. Il n’y a pas de quoi se plaindre. D’ailleurs les controverses, dès lors qu’elles sont ouvertes et argumentées, sont souhaitables. Je dois dire en outre que j’ai bénéficié d’un grand soutien, sous forme par exemple de pétition, de la part de l’université, mais aussi des lecteurs, de nombreux écrivains, etc. Il faut croire que quelque chose était devenu insupportable dans la république des lettres. Cependant, en ce qui concerne les attaques, on ne voit pas la partie immergée de l’iceberg : les petites censures et autocensures. Messages envoyés à des personnes qui me soutiennent, menaçant de les faire renvoyer. Retrait de festivals et salons du livre si j’y suis présent. Suppressions d’articles. Il y a des suppléments littéraires, comme celui de Libération, où aucun des 35 ouvrages que j’ai publiés n’a jamais été mentionné. La raison en a été explicitement donnée : ne pas déplaire à certains collègues. Cela dit, comme les gens qui lisent n’accordent plus guère de crédit à ces paroles encadrées, ça n’est pas très gênant. Philippe Muray avait raison, tout cela est essentiellement comique.

Quel regard portez-vous sur les blogs de journalistes, comme ceux de Didier Jacob ou de Pierre Assouline  ? Est-ce une manière pour eux d’être plus libres dans leurs jugements littéraires, sans être à la botte d’une rédaction  ?

P.J.
Ayant d’autres priorités, j’ai un peu de mal à porter un regard là-dessus. J’ai dû consulter deux ou trois fois les blogs de Pierre Assouline ou de Didier Jacob. Le vôtre un peu. Les autres, c’est rare. J’avoue avoir été atterré par la bêtise, la vulgarité et le narcissisme des échanges entre lecteurs de ces blogs. Ceux qui les tiennent n’en sont pas responsables, évidemment. Mais cela en dit long sur les illusions que l’on peut se faire sur cet « espace de liberté ». Encore faudrait-il des esprits libres. Reste en effet que le ton y est plus ouvert, et Didier Jacob, notamment, fait preuve d’une verve remarquable. Dommage que cela ne soit apparemment pas possible sur papier. Cela changera certainement. En tous cas, la liberté sur internet a sa contrepartie : la liberté de dire n’importe quoi, de colporter des ragots, la cacophonie inculte et la conversation électronique de bistrot.

Pouvez-vous citer des noms de journalistes qui, d’après vous, ont marqué la critique littéraire française  ?

P.J.
Il est parfois délicat de faire le départ entre un journaliste professionnel qui publie des romans et un écrivain qui publie des articles. Les grands critiques de jugement sont d’abord des romanciers et des poètes : Gracq, Bloy, Barbey d’Aurevilly, Théophile Gautier, Baudelaire, Marcel Schwob, Mirbeau, Huysmans, Sartre, Vialatte, etc. Léon Blum, comme journaliste, a été un grand critique, de même qu’Albert Thibaudet. Félix Fénéon est exceptionnel par la lucidité et le style. Avons-nous eu récemment, en littérature, l’équivalent de brillants critiques de cinéma comme Serge Daney  ? Il y a aujourd’hui d’excellents journalistes littéraires, mais pour l’essentiel, force est de reconnaître que la critique journalistique laisse peu de souvenir. Il faut jeter un coup d’œil sur la collection « Mémoire de la critique » fondée par André Guyaux aux presses de la Sorbonne. Elle consiste à réunir des critiques sur de grands écrivains du passé. Elle permet de constater qu’on s’y est abondamment trompé, et qu’à part les textes d’autres écrivains, presque tout a sombré.

La critique littéraire papier a-t-elle un avenir  ?

P.J.
On peut se le demander, au vu de ce qu’elle propose, en dehors de quelques exceptions.

Ce questionnaire a pour objet de saisir quelles sont les modalités d'approche et de réalisation d'un parcours d'écrivain. Il s'agit de comprendre quelles sont les conditions nécessaires pour exercer une activité littéraire ayant donné lieu à des publications à compte d'éditeur que cette activité ait été menée durablement ou non, que le parcours ait été linéaire ou sinueux, aisé ou difficile. Comment naît l'envie d'écrire, d'être écrivain et d'être publié et reconnu ? Comment peut-on avoir des chances d'être reconnu parmi les écrivains ? Comment se déroule un parcours d'écrivain, une carrière d'écrivain ? Quelles sont les conditions matérielles nécessaires pour exercer cette activité ? Quelles sont les pratiques, les techniques, les habitudes mises en œuvres pour écrire et être publié mais aussi pour médiatiser l'œuvre. Ce questionnaire a donc pour objet de comprendre comment de l'amont à l'aval se construit une vie d'écrivain: de la naissance de la vocation à la publication du livre et à la rencontre avec les divers publics en passant par les turpitudes de l'inspiration, les relations avec les éditeurs… C'est l'intégralité de cette activité artistique que je souhaite appréhender à travers ce questionnaire.



Comment êtes-vous venu à l'écriture ?

Par imitation de ce que je lisais

A quel âge avez-vous commencé à écrire ?

Vers cinq ans, si on prend en compte les bandes dessinées. J’ai fait une planche de Mickey.

Quel a été l'élément ou les éléments déclencheurs de cette envie d'écrire ?

Je l’ignore

Aviez-vous des modèles d'artistes dans votre famille ?
Parmi vos amis, vos relations, votre entourage scolaire, professionnel ?
 

Aucun

Quels écrivains ont marqué votre enfance ?
Votre adolescence ?

Dumas pour l’enfance, Proust pour l’adolescence

Comment s'est manifesté votre attrait pour l'écriture, pour la littérature ?

Par des lectures incessantes
L'école, le collège, le lycée ont-ils été importants pour vous ?

Comme cauchemars, oui

Etiez-vous remarqué pour vos prouesses d'écriture, d'orateur ?
 
J’étais une sorte de champion d’orthographe et de rédaction, mais rigoureusement nul à l’oral, par timidité.

Vos loisirs étaient-ils, en partie, consacrés à des jeux littéraires, à la pratique du théâtre ou autre pratique en rapport avec la littérature ?

Pas du tout

Rédigiez-vous un journal ?
 
Non. Mais avec mon frère nous avons fondé un faux journal d’infos locales dans le village où nous passions nos vacances.

Ecriviez-vous des poèmes ? Des histoires ?
 
Je me suis mis vers quinze ans à taper force poèmes accablants sur une vieille machine à écrire, puis à les lire dans un club de poésie à la maison de la culture de Créteil.

Entreteniez-vous des correspondances épistolaires ? 

A l’époque on écrivait. A mémé, pendant les vacances. A sa fiancée plus tard.

Etiez-vous un grand lecteur ? 

Cela dépend des époques.

Pourriez-vous me donner un ordre de grandeur du nombre de livres lus par mois ? 

Aucune idée.

Quels genres littéraires lisiez-vous ? Quel est celui que vous préfériez ?

N’importe quoi. Pas mal d’histoire et de géographie. J’ai appris des atlas par cœur. Vers 12-15 ans j’ai épuisé toute une collection de vieux Historia qui remplissait une armoire en Auvergne. Cela m’a donné une bonne érudition de bazar.

Y avait-il de grands lecteurs dans votre entourage familial, amical...

Non

La littérature faisait-elle partie des centres d'intérêt partagés dans votre famille ? 

On m’y encourageait, en trouvant que j’exagérais tout de même.

Etait-ce secret ?

Non

Partagiez-vous cet intérêt avec d'autres personnes, qui ? A partir de quel âge ? 

A l’adolescence, un peu.

Comment vous est venue l'idée de pratiquer cette activité ?
Vouliez-vous en faire une activité rémunératrice, une profession ?
Vos choix scolaires, professionnels ont-il été guidés par votre attirance pour l'écriture et la littérature ?
Considérez-vous avoir eu la vocation d'écrivain ?
Pourquoi ? Comment l'avez-vous identifiée ?


J’ai toujours eu cette idée, mais je n’ai jamais cru qu’on pouvait en vivre. J’ai fait le parcours scolaire qui correspondait à ce pour quoi j’étais doué, faire des phrases. J’ignore ce qu’est une vocation. Il s’agit d’une sorte de projet très ancien, en tous cas.

Quel était votre situation professionnelle, matrimoniale, parentale au moment de la publication de votre premier livre ?
Le déroulement de votre parcours d'écrivain a-t-il modifié le cours de votre vie professionnelle, matrimoniale, parentale, amicale… ?
Pouvez-vous me faire part des changements constatés ?


Tout dépend de ce qu’on appelle publication d’un premier livre : essai universitaire ? recueil de nouvelles à compte d’auteur ? Disons que vers 199O, au moment où j’ai publié chez Corti Géographies imaginaires, et en même temps mon premier recueil à compte d’auteur, j’étais marié, sans enfants, j’habitais à Meaux, j’enseignais dans un lycée de Nogent sur Oise. Par la suite une certaine notoriété est venue. Cela n’a rien changé dans mes relations. Ma coiffeuse m’a vu à la télé. J’ai fait quelques rencontres, mais mes intimes sont restés les mêmes.

Vous rappelez-vous du moment où vous vous êtes lancé pour la première fois dans l'écriture d'un texte, manuscrit en pensant à sa publication? Pourriez-vous me le raconter? Quel âge aviez-vous? Dans quel contexte cela se produisait-il (vacances, maladie, chômage, parallèlement à une activité salariée…)?

J’avais vingt-deux ans et je faisais mon service militaire. J’ai commencé un recueil de nouvelles fantastiques un peu borgésiennes

Comment concrètement vous êtes-vous organisé pour mettre en place un temps réservé à l'écriture? Quelle discipline cela vous a-t-il demandé? Où écrivez-vous? A quelle période de l'année, de la journée, à quelle fréquence? Ecrivez-vous entre chaque manuscrit de livres? Comment avez-vous mis en place un emploi du temps dans lequel prenait place la rédaction d'un manuscrit? Etait-ce très contraignant?

J’écris tous les jours, toute la journée, sauf lorsque je suis en période loisirs (et encore) ou que je fais cours à la fac. Il y a eu des périodes où l’écriture d’essais s’est substituée à l’écriture de fiction. Des moments aussi où j’ai été accaparé par des tâches professionnelles telles que la préparation d’un cours d’agrégation.

Quelles mesures avez-vous pris pour installer ce temps d'écriture: aménagement horaire avec l'employeur, cessation d'activité professionnelle, emploi de femme de ménage…? A partir de quel moment dans votre vie d'écrivain ces modifications ont-elles eu lieu? A ce moment là, écriviez-vous pour être lu? Depuis que vous êtes publié avez-vous modifié vos façons de travailler et votre emploi du temps? Pouvez-vous me décrire les pratiques que vous avez mises n place au fur et à mesure de votre vie d'écrivain?

Depuis que j’ai passé l’agrégation et que j’ai eu un emploi, j’ai toujours écrit à peu près quotidiennement, en essayant de gérer le temps réservé à l’activité professionnelle et à la vie personnelle. Rien n’a changé depuis 25 ans.

Faisiez-vous lire ce que vous aviez écrit à des personnes de votre entourage? A qui? Quelles ont été les réactions? Ces jugements de proches ont-ils eu une influence sur votre décision d'envoyer votre premier manuscrit? Si vous n'en aviez parlé à personne: pouvez-vous me dire pourquoi et me faire part de ce qui a déclenché l'envie de soumettre ce manuscrit à un éditeur?

En général surtout à ma conjointe (aux conjointes successives). Les jugements étaient encourageants.

Avez-vous participé à des concours de nouvelles ? Avez-vous participé à des concours de poésie ? Fréquentez-vous les festivals de nouvelles ? Les quels ? Pourquoi ? A quel titre y avez-vous participé ou y participez-vous ? Quelques tentatives malheureuses m’ont dissuadé, à part une publication de nouvelles dans Le matricule des Anges. Etre écrivain faisait-il partie des métiers reconnus par votre entourage familial, amical? Etait-ce une profession reconnue? Quelles sont les réactions de votre entourage familial, amical, professionnel à l'égard de votre activité littéraire? Que pensent-ils de votre œuvre? En parlez-vous aisément? Lorsque vous rédigez un livre êtes-vous attentif à ce que vous écrivez? Vous arrive-t-il de vous censurer? Pourquoi? Pouvez-vous donner des exemples? Y-a-t-il des thèmes, des sujets que vous n'abordez pas par égard pour votre entourage (parents, enfants, frères, sœur, amis, collègues…)? Pourquoi?

Ce que j’écris est généralement bien reçu autour de moi. Je n’en parle jamais pendant la phase de rédaction, sauf avec ma compagne. Je ne me censure pas quant aux conséquences : je ne les aperçois même pas

Selon ce que vous écrivez, adoptez-vous un rythme différent? Quand écrivez-vous: matin, journée, nuit? Pourquoi? Ecrivez-vous toujours au même endroit (à la campagne, en ville, en résidence d'écrivain, à la montagne, à la mer, à l'étranger…)? A quel endroit? Avez-vous une pièce réservée à l'écriture? Depuis quand? Avez-vous un bureau hors de chez vous réservé au travail littéraire? Quel matériel utilisez-vous dans votre travail d'écriture: crayon, stylo, machine à écrire, ordinateur, cahier, feuilles volantes, dictaphone?

J’écris à mon bureau et sur ordinateur, ou à la bibliothèque nationale, tous les jours, entre 9H30 et 17H30. Rarement la nuit. Pour la poésie, je note souvent les textes à la main sur un carnet, mais je les ai déjà mis au point en conduisant ou en me douchant.

Selon ce que vous écrivez, adoptez-vous un rythme différent? Quand écrivez-vous: matin, journée, nuit? Pourquoi? Ecrivez-vous toujours au même endroit (à la campagne, en ville, en résidence d'écrivain, à la montagne, à la mer, à l'étranger…)? A quel endroit? Avez-vous une pièce réservée à l'écriture? Depuis quand? Avez-vous un bureau hors de chez vous réservé au travail littéraire? Quel matériel utilisez-vous dans votre travail d'écriture: crayon, stylo, machine à écrire, ordinateur, cahier, feuilles volantes, dictaphone?

J’écris à mon bureau et sur ordinateur, ou à la bibliothèque nationale, tous les jours, entre 9H30 et 17H30. Rarement la nuit. Pour la poésie, je note souvent les textes à la main sur un carnet, mais je les ai déjà mis au point en conduisant ou en me douchant.

Avez-vous recours au travail d'archives? Faîtes-vous des recherches de lieux, des enquêtes de terrain, des investigations historiques, géographiques, scientifiques…? Si oui, pour quels livres?

Parfois, assez rarement. Ce travail a disparu du dernier roman, Festins secrets

Pensez-vous à une filiation littéraire à laquelle vous vous sentez attaché(e) quand vous écrivez un livre? Pensez-vous à des traditions littéraires dont vous souhaitez vous démarquer quand vous écrivez? Y-a-t-il des auteurs que vous relisez quand vous rédigez un livre? Lesquels? Comment qualifieriez-vous votre démarche d'écriture?

J’ai lu quelques autobiographies classiques. Et des biographies. Jeune, on a toujours tendance à mythifier la vie des écrivains. Il faut se débarrasser de ça, notamment du mythe de l’écrivain maudit

Lisiez-vous des autobiographies d'écrivains? En lisez-vous encore? Lesquelles? L'expérience littéraire d'autres écrivains vous intéressait-elle quand vous avez commencé à écrire? Vous en inspiriez-vous pour votre propre pratique d'écriture?

Je ne me sens lié à aucune tradition, mais à toute la littérature. Je ne suis pas un écrivain expérimental, mon écriture reste relativement classique. Mon repoussoir est la littérature de confidence, l’autofiction, le roman psychologique à la française avec problèmes de couple

Avez-vous un/e secrétaire pour taper vos manuscrits? Si oui, est-ce un/e salarié/e, votre conjoint? Depuis quand? Avez-vous déjà eu recours à ce type de service? Si non, pourquoi? Avez-vous déjà eu recours aux services de documentalistes dans vos travaux de recherche littéraire? Avez-vous déjà eu recours aux services d'un "nègre" pour la rédaction d'un livre? Pourquoi? Avez-vous déjà exercé l'activité de "nègre"?

Rien de tout celae

La vente de vos livres est-elle votre principale source de revenu? Depuis quand vivez-vous uniquement de votre plume? Pourriez-vous ne vivre que de votre plume? Si oui, pourquoi ne le faîtes-vous pas? Exercez-vous une activité rémunérée parallèlement? Quelle est votre profession?

Je suis universitaire, salarié de l’état. Mes livres ne se vendent pas assez pour constituer un revenu suffisant

Etes-vous abonné à des revues littéraires : La Quinzaine Littéraire, Le Magazine Littéraire, Lire , Le Matricule des anges, Ecrire aujourd’hui, Encres vagabondes, Autres, lesquelles ? Où à quelles revues avez-vous été abonné ? A quelle période ? Pourquoi vous y êtes vous abonné ? Avez-vous déjà publié dans ses revues ? Non. J’ai publié dans quelques revues, confidentielles ou fameuses, de la critique, de la fiction ou de la poésie Suivez-vous les émissions consacrées à la littérature ? Lesquelles ? et pourquoi ? Que pensez-vous de ce type d’émission?

Non, presque jamais, sauf par accident. J’ai été accablé par un ou deux Campus, cela m’a suffi.

Que pensez-vous de ces revues ? Que pensez-vous des concours de nouvelles et des festivals consacrés à la littérature ? Fréquentez-vous, à titre privé, les foires aux livres ? Vous y rendez-vous pour chaque sortie de livre que vous publiez ? Comment vivez-vous ce type de travail?

Je fréquente beaucoup les rencontres en librairies et salons du livre. C’est un réseau indispensable à la vie du livre. Cela peut être très fastidieux à la longue, mais c’est aussi souvent passionnant

Parliez-vous de votre travail d'écriture avec d'autres personnes? Aviez-vous des contacts avec des responsables de revues, d'associations d'écrivains, de Sociétés savantes (amis de Colette…)? Envoyiez-vous vos manuscrits à des revues, des éditeurs? Lesquels? Avez-vous déjà constitué un dossier pour obtenir une bourse d'écriture auprès d'un organisme?

J’ai envoyé tous mes manuscrits à tous les éditeurs de France ou presque, qui les ont tous refusés, sauf mes actuels éditeurs. J’ai constitué un dossier pour une résidence d’écrivain dans la ville de Marguerite Yourcenar. Il a été accepté pour juin 2005

Adolescent ou adulte, aviez-vous des activités culturelles, littéraires: création de revues, fanzines? Avez-vous vous même participé à la création ou créé des revues? A quelle époque? Avez-vous été traducteur?

J’ai créé la revue Hesperis, pour laquelle j’ai effectué des traductions de l’anglais

Comment vous êtes-vous approché du monde littéraire et éditorial? Participiez-vous à des concours de nouvelles organisés par des journaux, des festivals ou des associations littéraires? Lesquels? Comment aviez-vous eu connaissance de ces concours? Que représentaient-ils pour vous? Avez-vous été reconnu par ces instances: obtention de prix, de bourse? Lesquelles? En quelle(s)s année (s)? Quelle importance revêtait pour vous le fait de participer à ces concours? Avez-vous rencontré des écrivains dans le cadre de ces manifestations? Ces expériences ont-elles eu un effet sur le déroulement de votre travail d'écriture? A quelle période y avez-vous eu recours et pourquoi? Ces expériences d'écriture et de reconnaissance ont-elles eu un effet positif sur votre accès au monde éditorial professionnel?

Pas de concours

Avez-vous exercé plusieurs activités professionnelles avant et après être publié? Lesquelles? Pouvez-vous dater ces séquences de vie professionnelles et les définir? Pouvez-vous spécifier quels ont été les lieux où vous avez travaillé et les fonctions que vous y exerciez? Le fait d'être écrivain a –t-il modifié le cours de votre vie professionnelle? Si l'activité d'écrivain a toujours été la vôtre: hormis le temps de l'écriture et la promotion des livres quels sont les tâches rémunérées qui incombent à l'écrivain?

Professeur de collège et lycée, puis professeur de littérature française à l’université.

Etes-vous invité à des conférences? Participez-vous à des ateliers d'écriture? Si oui dans quels milieux: écoles, universités, prison, associations (de chômeurs, sans papiers, femmes battues…)? Pouvez-vous préciser et dire depuis quand? Le faîtes-vous ponctuellement ou régulièrement? Vous rendez-vous dans les établissements scolaires, les bibliothèques municipales, les universités françaises et étrangères, les festivals du livre? Pouvez-vous me dire tout ce que l'activité d'écrivain implique comme travail à côté?

Je donne des conférences un peu partout, surtout en liaison avec mon travail universitaire. Beaucoup de rencontres en librairie autour des textes de fiction. Aujourd’hui le métier d’écrivain semble impliquer une omniprésence (librairies, salons, médias, etc). C’est un gros travail.

Participez-vous à l'écriture de scénario? Est-ce pour la télévision, le cinéma? Pouvez-vous me faire part des scénario auxquels vous avez participé ou que vous avez écrits? A quel moment de votre vie d'écrivain avez-vous travaillé pour le cinéma? A quel moment de votre vie d'écrivain avez-vous travaillé pour la télévision? Comment s'est établi le contact avec ces deux univers? Pourquoi? Vos livres ont-ils déjà été adaptés au cinéma ou à la télévision? Le(s)quel(s)?

Néant

Avez-vous composé des chansons? Pour quel artiste? Depuis quand? Pourquoi? Vous-êtes vous produit sur scène en tant que chanteur?

Non

Avez-vous travaillé pour le théâtre? Pourquoi? Dans quel théâtre avez-vous été représenté? Dans quels festivals? En quelle année? Avez-vous exercé votre activité d'écrivain dans d'autres univers artistiques ou professionnels? Avez-vous pratiqué la mise-en scène de théâtre, réalisé des films, réalisé des documentaires?

j'ai écrit une adaptation des œuvres de Cyrano de Bergerac, non jouée

Que signifie pour vous de diversifier vos registres d'écriture? Comment s'est mise en place cette multiplication des supports littéraires? Donnez-vous un statut identique à toutes ces formes d'écriture? Laquelle privilégiez-vous d'un point de vue esthétique? Laquelle est la plus lucrative?

Je privilégie le roman, mais je pratique avec plaisir la nouvelle et la poésie. C’est par elles que j’ai commencé. Mais cela n’intéresse plus grand monde. Le roman est évidemment le plus lucratif.

Participez-vous à des comités de lecture? Auxquels avez-vous participé? Participez-vous ou avez-vous participé à des commissions pour allouer des bourses? Avez-vous occupé des fonctions dans certaines institutions, académies, prix littéraires, associations professionnelles, syndicats d'écrivains, la SGDL, le CNL, La Maison des écrivains, le Pen Club ou autres? Pouvez-vous préciser les institutions dans lesquelles vous avez une activité, y compris celles qui ne sont pas proposées et les définir?

Non. Je lis des manuscrits pour rendre service.

Pouvez-vous quelles sont les périodes depuis lesquelles ou auxquelles vous y avez adhéré? Est-ce important d'être membre de ces institutions? Pourquoi y avez-vous adhéré? Pourquoi vous en êtes-vous retiré? Participez-vous à l'organisation de festivals, parrainez-vous certaines manifestations? Lesquelles? Pourquoi? Comment êtes-vous entré dans ces différentes instances? Quels motifs vous ont conduit à y adhérer et/ou à y exercer des fonctions? Considérez-vous que cela fasse partie des prérogatives de l'écrivain? Pourquoi?

Membre de la SGDL. Je ne sais pas trop pourquoi. Un recours éventuel en cas de plagiat.

Pouvez-vous quelles sont les périodes depuis lesquelles ou auxquelles vous y avez adhéré? Est-ce important d'être membre de ces institutions? Pourquoi y avez-vous adhéré? Pourquoi vous en êtes-vous retiré? Participez-vous à l'organisation de festivals, parrainez-vous certaines manifestations? Lesquelles? Pourquoi? Comment êtes-vous entré dans ces différentes instances? Quels motifs vous ont conduit à y adhérer et/ou à y exercer des fonctions? Considérez-vous que cela fasse partie des prérogatives de l'écrivain? Pourquoi?

Membre de la SGDL. Je ne sais pas trop pourquoi. Un recours éventuel en cas de plagiat.

Etes-vous Académicien? Avez-vous présenté plusieurs candidatures? En quelle année avez-vous été élu? Avez-vous présenté votre candidature sans être élu? Combien de fois ?

Non

Etes-vous membre d'un jury littéraire? Lequel? Depuis quand? Etes-vous satisfait de cette participation? Pourquoi? Cela vous prend-il beaucoup de temps dans une année? Pouvez-vous préciser combien? Avez-vous démissionné d'un jury littéraire? Lequel? Pourquoi? Avez-vous déjà fait partie de jurys littéraires ponctuellement? Le(s)quel(s)? Avez-vous été à l'initiative de la création de jurys littéraires? Le(s)quel(s)? Pourquoi? Que pensez-vous des modes de fonctionnement des grands jurys littéraires? Quel est pour vous le prix littéraire le plus prestigieux? Pouvez-vous établir un classement des prix littéraires selon l'ordre de grandeur que vous leur accordez?

Non. Je pense que les prix sont importants, mais devraient aider les écrivains débutants ou publiés dans de petites maisons. Je suis partisan des jurys tournants. Quant à la hiérarchie des prix littéraires, je n’ai pas d’opinion. Le Goncourt reste le plus prestigieux à cause de ses fondateurs, de son premier président, Huysmans, mais il s’est déconsidéré en récompensant trop d’écrivains sans intérêt. Le prix Fénéon est assez classieux.

Avez-vous participé à des entreprises collectives dans le monde des Lettres: création de revue, de prix, de festival ou autres? A quelle époque? Quels étaient les autres participants? Comment est née l'idée d'une telle initiative? Quels étaient les motifs de cette initiative? Combien de temps a duré cette instance? Pourquoi et quand a-t-elle cessé? Est-ce difficile de la maintenir en activité? Quels sont les modes de cooptation? A-t-elle joué un rôle dans la vie littéraire? A-t-elle couronné ou découvert des auteurs? Lesquels? Quel était son projet, la définition de ses missions?

La revue Hesperis a été créée avec Loïc Chotard, André Guyaux, Claudio Galderisi, Paolo Tortonese, sous l’égide la maison d’édition d’érudition Memini, distribuée par les PUF. Elle a eu quatre ans d’existence, huit numéros. Le cahier des charges était : textes de critique et de polémique, texte de création (au moins une série de poèmes), cahier réservé à un artiste, au moins une traduction. Elle a également fait dans la supercherie littéraire. Elle a publié de nombreux auteurs inconnus.

Comment s'est déroulé l'envoi du premier manuscrit? A quel moment avez-vous décidé d'envoyer votre manuscrit à un professionnel de la littérature ou de l'édition? Pourriez-vous me préciser l'année? Vous a-t-on conseillé dans le choix de l'envoi à des lecteurs professionnels? Qui vous a conseillé? Aviez-vous connaissance des modes de fonctionnement du monde éditorial? Y aviez-vous des contacts: amis, famille, conjoint; relations? A quels éditeurs avez-vous envoyé votre premier manuscrit? Comment les avez-vous choisis? Avez-vous envoyé beaucoup de manuscrits à différents éditeurs avant d'en avoir un de publié? Pourriez-vous me donner le nombre de ces manuscrits ainsi que les années où vous les avez rédigés? Adressiez-vous toujours aux mêmes éditeurs ou lecteurs? Pourquoi? Pourquoi avez-vous changé de destinataires? Pourquoi avez-vous persisté? Les manuscrits refusés ont-ils été publiés plus tard? A l'heure actuelle combien avez-vous écrit de manuscrits et combien ont-ils été publiés?

J’ai dû envoyer un premier recueil de nouvelles en 1981 à quelques grandes maisons d’édition, sans succès, dans une profonde méconnaissance du monde éditorial. Il devait s’agir de Gallimard, Le Seuil, Minuit, Grasset. J’ai tenté ma chance pendant vingt ans chez tous les éditeurs, grands et petits, sans succès. J’ai persisté parce que j’ai toujours voulu être un écrivain, j’en ai toujours été un. J’ai publié certains manuscrits refusés. Je dois avoir publié aujourd’hui une quinzaine de livres, une demi-douzaine de textes demeurent dans mes tiroirs, surtout romans et nouvelles.

Comment avez-vous vécu les refus? Cela vous a-t-il bloqué, découragé dans votre démarche d'écriture? Vous y attendiez-vous? Combien de tentatives de publication avez-vous fait? Combien de temps s'est-il passé entre vos premières tentatives et la publication de votre premier livre? Aviez-vous une connaissance de ces difficultés de publication? Quels étaient les motifs de votre persistance à présenter des manuscrits? Avec le recul comment interprétez-vous ces difficultés? Pourriez-vous me raconter comment s'est déroulée la rencontre avec l'éditeur qui vous a publié pour la première fois? Comment le contact s'est-il établi entre vous? Aviez-vous envoyé votre manuscrit par la Poste? Etiez-vous recommandé par quelqu'un? Avez-vous été relu et guidé dans le travail de réécriture du manuscrit avant sa publication? Comment s'est passé la collaboration avec l'éditeur ou le lecteur du manuscrit? Pourriez-vous m'expliquer comment se déroule concrètement le travail de réécriture, de réorganisation du texte? De quelles natures sont les échanges sur le texte avec l'éditeur? Quelle part prend-il dans le processus de création: avis, conseils, suggestions, corrections…? Le travail de relecture est-il bénéfique? Comment s'organise le suivi du travail du dépôt de manuscrit à sa publication finale en passant par les phases de relecture d'épreuves? Travaillez-vous toujours avec le même éditeur? Pouvez-vous le nommer? Comment vivez-vous cette période précédant la publication? Comment définiriez-vous la maison d'édition qui vous publie?
J’ai parlé de mon sujet de thèse à José Corti, qui était intéressé par le sujet. Son fils spirituel, Bertrand Fillaudeau, a tout de suite publié le texte. Pour la fiction, j’ai commencé par l’Harmattan, qui publie un peu tout le monde, pour Carnage de clowns, puis par John Gelder, des éditions Parc, pour Dans mon chien. J’avais été séduit par son catalogue et les maquettes de ses livres au marché de la poésie, il me semblait correspondre exactement à ce que je faisais. J’ai voulu le rencontrer, l’homme m’a séduit, il m’a publié. Le vrai déclenchement s’était produit un an auparavant pour La Littérature sans estomac, dont j’avais parlé à Eric Dussert, qui faisait des articles dans Le Matricule des anges. C’est lui qui a proposé le texte à Eric Naulleau, chez qui il dirigeait une collection de rééditions.

Eric Naulleau et sa collaboratrice Sandrine Thévenet relisent très attentivement les textes, mais le travail consiste surtout à enlever des coquilles et des maladresses, et à réduire le texte le cas échéant. La relecture est évidemment importante, car on finit par ne plus y voir très clair. Je travaille pour l’essentiel avec L’Esprit des Péninsules, mais aussi avec Voix d’encre, à Montélimar, pour la poésie, et avec d’autres petites maisons à l’occasion, notamment pour les essais universitaires.

Avez-vous changé d'éditeur au cours de votre parcours d'écrivain? Comment décide-t-on de changer d'éditeur? Ce (s) changement(s) d'éditeur ont-ils correspondu à des tournants précis dans votre œuvre, à des difficultés relationnelles avec l'éditeur, à une volonté de trouver un nouveau souffle, un autre public? Que vous ont apporté ce (s)s changement(s) d'un point de vue symbolique, créatif, professionnel et matériel? Avez-vous été sollicité par des professionnels de l'édition? Avez-vous suivi votre directeur littéraire? Avez-vous suivi votre éditeur? Avez-vous suivi votre attachée de presse? Comment qualifieriez-vous les relations que vous entretenez avec vos différents interlocuteurs dans votre maison d'édition? Publiez-vous dans plusieurs endroits en même temps? Comment sélectionnez-vous les lieux où vous publiez? Avez-vous des contrats avec plusieurs éditeurs selon les genres que vous abordez? Lesquels? Quelles clauses contiennent ces contrats? Pourriez-vous m'expliquer comment est déterminée la date de sortie d'un livre? Prêtez-vous attention à la période de l'année: avant l'été, en septembre, avant Noël, en février? Quelles sont les raisons qui président au choix du calendrier des publications? La sortie de vos livres a-t-elle connu une évolution depuis que vous publiez? Que signifie sortir un livre en septembre, à Noël, en début d'année civile, avant l'été? Quand préférez-vous sortir les vôtres? Pourquoi? Lorsque vous publiez un livre êtes-vous attentif aux sorties concomitantes de la vôtre? Vous est-il déjà arrivé de décaler la sortie d'un livre parce que d'autres écrivains plus médiatisés faisaient leur promotion au même moment?

J’ai plusieurs fois changé d’éditeur. Cela dépendait des genres de texte en grande partie. Aujourd’hui je reste avec L’Esprit des Péninsules pour l’essentiel. Nous avons un passé de combats littéraires qui détermine une fidélité. Pour la fiction, nous jouons plus ou moins le jeu de la rentrée de septembre et des prix. Cela me convient. En fait j’y attache assez peu d’importance.

Pourriez-vous me dire comment s'effectue la négociation pour la mise à prix du livre? Etes-vous là pour en discuter? Cela dépend-il du nombre de page, du genre littéraire, de votre notoriété, de la collection où il est publié, du nombre de vente estimé? Quel pourcentage percevez-vous sur chaque vente de livre? A-t-il changé depuis que vous publiez? Répondez-vous à des commandes lancées par des directeurs de collection? Pourquoi n'avez-vous jamais changé d'éditeur? Depuis combien de temps êtes-vous édité chez cet éditeur? Lequel?

Je suis publié à L’Esprit des Péninsules depuis 2001. Ils s’occupent du prix du livre. Les contrats tournent en général autour de 8% par exemplaire. Cela peut être plus en fonction des ventes.

Quel est le rythme de vos publications? Ce rythme est-il défini avec votre éditeur? Est-ce important de publier régulièrement? Pourquoi? Y-a-t-il sinon des risques d'être oublié des professionnels et du public? Avez-vous déjà vécu ce type de situation?

Pas de rythme précis. C’est selon l’avancée des travaux. J’ai surtout été longtemps ignoré. A présent j’ai une réserve de textes qui donne un peu l’illusion d’un rythme de publication rapide (un ou deux livres par an).

Alternez-vous les genres littéraires? Pourquoi? Au fur et à mesure de l'avancée de votre parcours d'écrivain diversifiez-vous les genres littéraires: biographie, autobiographie, mémoires, essais…? Pourquoi? Y-a-t-il des livres nécessaires à la présentation de soi à un moment de sa vie d'écrivain? Lesquels? La notoriété et l'ancienneté dans l'activité d'écrivain conduit-elle à aborder certains genres littéraires?

Je pratique un peu tous les genres. Je ne suis pas amateur d’autobiographie, mais mes livres ont tendance à parler un peu plus de moi, peut-être parce que je suis amené à prendre en compte les réaction suscitées par mes livres, et qui me mettent en cause personnellement. Mais je désire rester également dans la fiction pure.

Rédigez-vous vous-même vos quatrièmes de couverture? Rédigez-vous des quatrièmes de couverture pour d'autres écrivains? Participez-vous à la sélection des manuscrits chez votre éditeur? Depuis quand? Rédigez-vous des notes de lecture? Depuis quand? Appartenez-vous au comité de lecture de votre maison d'édition? Participez-vous à d'autres comités de lecture, dans quelle maison? Etes-vous rémunéré pour ce travail?

Je rédige les quatrièmes de couverture. Elles sont parfois corrigées. Je tente de placer quelques manuscrits d’amis et relations, de recommander certains textes, à l’occasion.

Avez-vous connu de longues années d'absence de publication? A-t-il été difficile d'être à nouveau publié? Pourquoi? Une trop longue absence entraîne-t-elle l'oubli? Comment avez-vous fait pour être à nouveau publié? Cela a-t-il modifié votre perception du milieu éditorial? Constatez-vous des changements dans les pratiques et les relations entre auteurs et -éditeurs depuis que vous êtes publiés? De quelles natures sont ces changements?

Pas de problème de ce genre

Avez-vous été lauréat d'un prix littéraire? Quel a été le rôle de votre éditeur? Vous a-t-il soutenu? Croyait-il en votre livre? Y-a-t-il déjà eu des campagnes menées en faveur de vos livres pour que vous obteniez un prix? Y-a-t-il des livres que l'on écrit en pensant avoir un prix littéraire? Avez-vous déjà eu une telle démarche? Qu'a changé pour vous le fait de recevoir un prix littéraire? (dans vos relations avec votre éditeur, avec les autres éditeurs, avec vos collègues écrivains) Cela a-t-il eu une incidence sur vos ventes de livres? Cela vous a-t-il permis de revoir à la hausse vos rémunérations ?

Prix de la critique de L’Académie française pour La Littérature sans estomac. Prix Générations pour Pays perdu. Sélection pour le Renaudot pour Festins secrets. Mon éditeur joue le jeu des prix, mais nous avons assez peu de soutiens dans le milieu. Un peu tout de même. Les prix à ma connaissance n’ont rien changé.

Comment qualifieriez-vous la relation entre écrivain et éditeur? Pour vous quel est le parcours idéal pour un écrivain?

Je ne sais pas.

Exercez-vous des fonctions éditoriales ? Depuis quand? A quel endroit ?
Non

Comment se déroule la sortie d'un livre? Quel rôle joue les attachées de presse? De quelles natures sont les liens que vous entretenez avec les attachées de presse? Quelles sont les tâches effectuées par les attachées de presse dans le suivi de votre travail: prise de rendez-vous, contacts, relecture de manuscrit, sélection des interlocuteurs, secrétariat… Ont-elles une part active dans la réussite de la médiatisation d'un livre? Est-il important d'entretenir de bonnes relations avec les attachées de presse? Pourquoi?

Pas d’attachée de presse

Pourriez-vous me raconter comment s'est déroulée la sortie de votre premier livre? Pourriez-vous me raconter comment se planifie la sortie d'un livre? Participez-vous au "plan média" lors de la sortie d'un de vos livres? Que faites-vous?

Mon premier essai a eu une bonne réception, mais enfin c’était un essai universitaire. La sortie d’un roman implique un gros travail auprès des journalistes et des libraires. Autant que possible je me rends dans les librairies, les radios et les télés. Cela fait partie du travail

Comment sélectionnez-vous les médias auxquels vous allez être exposé? Y-a-t-il des émissions audiovisuelles, des radio, des télé, des journaux où vous refusez d'aller?

Pas d’émissions de variétés bas de gamme. J’ai refusé l’émission de Ruquier, dont le nom m’échappe, parce que c’est une guignolade où l’on ne peut rien faire passer.

Comment se passent les réunions avec les représentants qui distribuent vos livres chez les libraires? En connaissez-vous certains personnellement? Est-il important de bien les connaître? Sont-ils des relais importants auprès des libraires?

J’en connais quelques-uns (Harmonia Mundi). Ce sont des gens cultivés qui s’intéressent aux livres. Leur travail est important.

Quelles sont vos relations avec la critique littéraire depuis que vous écrivez? Avez-vous connu des difficultés avec certains critiques? Lesquels? Pour quels livres? De quelles natures ont-été ces difficultés?

J’ai bien entendu connu une véritable guerre avec La Littérature sans estomac et Petit Déjeuner chez Tyrannie. J’ai eu des partisans courageux et des adversaires vindicatifs. Il y a eu des menaces de procès et surtout des interventions discrètes pour ne pas parler de moi et ne pas publier mes textes, ou ne pas me recevoir dans des salons du livre. Bref, une partie de la critique, notamment Le Monde, a œuvré pour me censurer.

Quel est votre plus beau succès d'estime? Comment s'est-il manifesté?

La Littérature sans estomac a engendré un petit ouragan médiatique

Y-a-t-il eu des silences faits autour de certains de vos livres? Lesquels? En avez-vous élucidé les raisons? Quelle a été votre réaction? Vous l'avez fait savoir ou vous vous êtes tu? Pourquoi? Ces silences sur certains livres sont-ils fréquents dans le monde des Lettres? Avez-vous connaissance de ce type de pratiques? Quelle attitude faut-il avoir dans ces cas là?

Voir plus haut. J’ai bien entendu fait savoir tout cela, dans Petit déjeuner chez tyrannie. Certains critiques s’autocensurent, d’autres agissent pour que leurs collègues ne parlent pas. Cela s’est fait pour d’autres ouvrages de critique littéraire. En ce qui me concerne, Libération ne parle pas de mes livres, sauf exception, pour ne pas fâcher Le Monde. Il faut lutter contre ces pratiques.

Avez-vous au contraire été vilipendé pour certains livres? Lesquels? Pourquoi? Par quels critiques littéraires? Avez-vous déjà suscité le scandale? Pour quel livre? Comment avez-vous réagi?

Questions un peu redondantes. La Littérature sans estomac a été un scandale, a été vilipendée par Bertrand Leclair dans La Quinzaine, Josyane Savigneau, Pierre-Louis Rozynès, Yann Moix, Jean-Luc Douin dans Le Monde, etc. J’ai été insulté par Monique Atlan et bien d’autres. Il y a eu un scandale au festival de Saint-Malo, durant lequel les gens du Monde qui m’avaient attaqué ont été hués par le public.

Quels sont les critiques littéraires ou les journaux auxquels vous accordez un crédit particulier?

Jérôme Garcin dans Le Nouvel Observateur, Guichard dans Le Matricule des anges, Rinaldi dans Le Figaro, Catinchi au Monde, Domecq dans Marianne.

Quels ont été vos premiers soutiens parmi les critiques littéraires? Faîtes-vous lire certaines épreuves de vos livres à des critiques littéraires avant de les publier?

J’ai été soutenu par Le Figaro, Le Nouvel Observateur, Le Monde diplomatique et Marianne, notamment. Je ne fais pas lire d’épreuves.

Quels sont les journaux où il faut avoir des papiers dans la presse littéraire? Quels sont les journaux où il faut avoir des papiers dans la presse généraliste parmi les quotidiens et les magazines? Est-il important d'avoir une critique dans la presse quotidienne régionale? Suivez-vous de près ce que l'on dit de vous? Faîtes-vous des revues de presse ?

Je fais des revues de presse et je suis les articles attentivement. Je crois que les journaux importants sont Télérama, la presse féminine, et sans doute quelques régionaux comme Ouest France.

Quels sont les interlocuteurs dont vous attendez le plus: critique littéraire de presse écrite, critique littéraire de l'audiovisuel? Quelles sont les émissions radiophoniques et télévisées importantes pour un écrivain? Auxquelles avez-vous été invité? Participer à ces émissions a-t-il un effet direct sur les ventes de livre? Préférez-vous avoir un article dans la presse ou être invité dans une émission de télévision ou radiophonique? La diversité des supports de médiatisation a–t-elle modifié les manières de promouvoir les livres? Comment les sélectionnez-vous? Participez-vous à des formations en communication pour apprendre à parler dans ces émissions? Avez-vous connaissance de telles pratiques dans l'édition?

La presse écrite comme l’audiovisuel m’intéressent. J’ai été invité un peu partout (France Info, France Culture, émissions littéraires télévisées, guetteurs du siècle, etc). Il ya un effet sur la vente des livres, mais pas plus que le soutien des libraires. Pas de formation : ma formation d’enseignant me suffit.

D'après vous, ce travail de promotion du livre fait-il partie du métier d'écrivain? Appréciez-vous cette étape qui concerne la présentation du livre au public? Pourquoi? Participez-vous à de nombreuses foires ou festival du livre? Avez-vous abandonné certaines pratiques depuis que vous écrivez: participation à des salons en province, à l'étranger…? Pourquoi?

Cela fait partie du métier d’écrivain, mais c’est un peu lourd parfois. J’aime beaucoup le contact avec le public, autour d’un livre précis. Les foires du livre sont souvent sans intérêt, je vais éviter autant que possible.

Avez-vous déjà exercé l'activité de critique littéraire? Si oui, depuis ou au cours quelle période? Dans quel journal? Dans quelle émission? Que représente pour vous cette activité? Est-elle rémunérée? Est-ce la critique littéraire qui vous a conduit à l'écriture de livres? Est-ce l'écriture de livres qui vous a conduit à la critique littéraire? Pratiquez-vous d'autres genres de critique: cinématographique, musicale, théâtrale, chanson, peinture ou autres? Dans quels journaux ou émissions? Depuis quand? En quoi cette activité est–elle utile à votre pratique d'écrivain?

Je suis critique au sens universitaire du terme, je suis également critique littéraire sous forme d’ouvrages, et dans certains journaux à l’occasion (Le Monde diplomatique…). La réflexion sur la littérature nourrit ma fiction, et vice versa.

Comment se passe vos relations avec les journalistes? Faites-vous une différence entre les journalistes audiovisuels et ceux de la presse écrite? Avez-vous déjà eu des numéros spéciaux consacrés à vos livres? Avez-vous déjà accordé des entretiens dans des journaux? Lesquels? Depuis vos débuts êtes-vous suivi par les mêmes journalistes?

Bonnes ou très mauvaise, selon les cas. J’ai accordé beaucoup d’entretiens, mais je n’aime pas les transcriptions de propos tenus à l’oral, c’est en général désastreux.

Etes-vous sollicité pour écrire des nouvelles dans la presse? Avez-vous déjà écrit des feuilletons dans la presse? Avez-vous déjà été sollicité pour écrire des pièces radiophoniques? Pour quelle station? Quand?

Non

De quels écrivains du passé vous sentez-vous proche? Quels sont ceux qui vous ont donné envie d'écrire? Pourquoi? Dans quelle filiation littéraire vous reconnaissez-vous? Pourquoi? Vos goûts littéraires ont-ils changé depuis que vous écrivez?

Proust, Conrad, James, Huysmans, Vialatte, Baudelaire. Tous m’ont donné envie d’écrire.

Vous souvenez-vous des auteurs qui ont publié en même temps que vous lorsque vous avez débuté? De qui s'agit-il? Etes-vous attentif à l'évolution de leurs publications? Les connaissez-vous personnellement? Comment vous situez-vous par rapport à eux?

Non

Fréquentez-vous beaucoup d'écrivains contemporains? Desquels vous sentez-vous proche? Pourquoi?

Quelques-uns sont des amis : Chevillard, Laclavetine, Pennac, Vigneau, Louis-Combet. J’apprécie littérairement et humainement Richard Millet ou Novarina, Eric Meunié, Eric Faye.

Quels sont les styles littéraires dont vous vous sentez le plus éloigné: roman de guerre, roman sentimental, roman autobiographique, roman d'apprentissage, roman ésotérique, roman régionaliste, nouveau roman, roman minimaliste, roman érotique, roman fantastique, roman policier, naturaliste, picaresque, engagé, littérature prolétarienne, populiste, roman bourgeois… écriture "textuelle", surréaliste…? Mentionnez ceux qui ne sont pas proposés. Vous reconnaissez-vous dans le genre romanesque? Comment qualifieriez-vous votre écriture, votre littérature? Etablissez-vous une différence entre la littérature et l'écriture littéraire?

Je ne sais pas s’il s’agit de styles, mais le régionalisme, le prolétarien, le national,l’ethnique, tout ce qui s’identifie à un lieu ou une catégorie sexuelle, sociale, est à l’opposé de ce que veux faire. Je cherche à produire des textes à la fois inquiétants et humoristiques.

Pensez-vous que l'écriture est sexuée? Si oui, pourquoi? Pensez-vous que l'écriture n'est pas sexuée? Si oui, pourquoi ?

Elle n’est pas sexuée, puisqu’elle transcende toutes les particularités.

Y-a-t-il une littérature féminine? Y-a-t-il une littérature masculine? Y-a-t-il une littérature homosexuelle? Y-a-t-il une littérature féministe? Existe-t-il, selon vous, des formes de littérature spécifique? Lesquelles, pourquoi

Ces choses existent regrettablement, mais cela ne donne guère des choses intéressantes

Publiez-vous de la littérature enfantine? Depuis quand? Chez quels éditeurs? Qu'ajoute à l'œuvre le fait d'écrire pour ce public? Est-ce lucratif?

Non

Publiez-vous des essais littéraires? Avez-vous publié des anthologies littéraires? Multipliez-vous les genres littéraires? Que signifie pour vous de diversifier vos registres d'écriture ?

Les questions sont un peu répétitives. J’ai publié des essais, des poèmes, des nouvelles. Je ne me sens pas attaché à un genre. Des anthologies de la critique littéraire également. J’ai fait des préfaces et des éditions de texte.

Quels sont les genres littéraires dont vous vous sentez le plus proche? Pourquoi? Qu'est-ce qu'un bon roman pour vous? Qu'est-ce qu'un mauvais roman pour vous? Avez-vous déjà publié des nouvelles? Pourquoi? Avez-vous déjà publié de la poésie? Pourquoi?

Pas de réponse. Un bon roman apprend à voir le monde d’une manière neuve, désorientante. Il n’a pas de valeur préétablie, de langage préfabriqué, de conception toute faite du réel.

Publiez-vous sous une ou plusieurs identités? Pourquoi? L'usage de pseudonyme varie-t-il selon les livres que vous publiez? Lesquels? Avez-vous choisi un pseudonyme masculin ou féminin? Pourquoi? Publiez-vous sous votre nom marital ou sous votre nom de jeune fille? Sous un autre nom? Pourquoi publiez-vous en votre nom propre? Pourquoi publiez-vous sous un nom d'emprunt? Comment avez-vous vécu votre médiatisation? A-t-elle été large?

Je publie sous mon nom. La médiatisation a été large, mais tardive. Elle n’a donc pas changé grand-chose ; j’essaie de ne pas mêler ma vie intime aux questions littéraires, qu’il m’intéresse de traiter publiquement.

Lisez-vous beaucoup vos contemporains? Pourquoi? Lisez-vous surtout la littérature française ou étrangère? Quelle littérature étrangère lisez-vous? Quels sont vos auteurs favoris?

Je lis pas mal de littérature contemporaine, un peu de tout. Des français surtout, Chevillard, Volodine, Millet, quelques polars. Des américains et des italiens, Tabucchi notamment.

Avez-vous rencontrer des figures marquantes dans votre vie d'écrivain? Lesquelles? Quels ont été vos liens? Ces rencontres ont-elles eu une incidence sur votre travail littéraire? Pouvez-vous me dire laquelle?

La rencontre avec Eric Chevillard a été un moment important. Nous parlons beaucoup littérature.

Avez-vous contribué à faire découvrir de jeunes auteurs? Lesquels? Avez-vous contribué à faire connaître des auteurs étrangers? Lesquels? Etes-vous sollicité par des aspirants écrivains? Recevez-vous beaucoup de manuscrits? Vous demande-t-on conseil? Comment réagissez-vous?

J’ai tenté de faire connaître de jeunes auteurs par le biais de la revue que je dirigeais. J’ai transmis des manuscrits de premier roman à Gallimard. Je suis très sollicité, trop, je n’ai pas le temps de m’en occuper.

De quels auteurs contemporains vous sentez-vous proches sur le plan du déroulement du parcours d'écrivain? De quels auteurs vous sentez-vous proche concernant les affinités littéraires, les préoccupations esthétiques? De quels écrivains vous sentez-vous proches sur le plan des engagements politiques? Comment qualifieriez-vous votre propre style?

Je n’ai pas d’engagement politique précis. J’ai un parcours trop atypique pour songer à des ressemblances, mais en ce qui concerne les goûts je reste très proche d’Eric Chevillard.

Avez-vous beaucoup d'amis écrivains? Avez-vous des échanges avec certains collègues? Quelles formes prennent ces échanges? De quoi parlez-vous lorsque vous rencontrez un autre écrivain? Où rencontrez-vous vos collègues?

Questions déjà posées.

Faîtes-vous lire des manuscrits à d'autres auteurs avant leur publication? Comment définiriez-vous les relations que vous entretenez avec les écrivains contemporains?

Eric Chevillard lit parfois mes manuscrits ? C’est assez rare. Je me sens proche d’un petit groupe d’esprits libres, relativement étranger au milieu littéraire. J’y ai des partisans et des ennemis jurés.

Rencontrez-vous des libraires? Etes-vous invité à des présentations de vos livres par les libraires? Les acceptez-vous, pourquoi? Que vous apporte ces rencontres? Sont-elles rémunérées? Les refusez-vous? Pourquoi? Peut-on les refuser? Depuis quand les refusez-vous? Pourquoi?

Rencontrez-vous des libraires? Etes-vous invité à des présentations de vos livres par les libraires? Les acceptez-vous, pourquoi? Que vous apporte ces rencontres? Sont-elles rémunérées? Les refusez-vous? Pourquoi? Peut-on les refuser? Depuis quand les refusez-vous? Pourquoi?

Vous rendez-vous dans des bibliothèques municipales? Lesquelles? Est-ce intéressant selon vous? Y-a-t-il déjà eu des expositions consacrées à votre œuvre? Que vous apporte ce type d'événement culturel et les rencontres avec ces publics? Ces rencontres sont-elles rémunérées? Combien? Est-ce une source de revenu supplémentaire? Cela fait-il partie des tâches à accomplir quand on est écrivain?

Rencontres intéressantes, non rémunérées. Je peux tenter d’expliciter ma pensée et mes intentions. En général, cela se passe très bien. Pour le reste, déjà répondu.

Participez-vous à des rencontres avec le public scolaire? Si oui, est-ce en école primaire, au collège, au lycée? Ces rencontres sont-elles fréquentes?

Assez peu. Je ne crois pas que mon public soit adolescent.

Etes-vous enseigné dans les écoles? Etes-vous enseigné dans les collèges et lycées? Etes-vous sollicité par les enseignants? Etes-vous enseigné à l'université? En France, à l'étranger. Où? Depuis quand? Y-a-t-il déjà eu des colloques sur vos écrits? Quand? A quel endroit? Y-a-t-il des thèses sur votre travail d'écrivain? Combien et à quel endroit?

Je figure dans des manuels littéraires, des sujets du bac ou d’épreuves universitaires, comme critique surtout. Pas de colloques ni de thèses.

Certains de vos livres sont-ils cités dans des manuels scolaires? Si oui, depuis quand?

Depuis deux ans environ

Quels types de liens entretenez-vous avec votre lectorat? Avez-vous des correspondances épistolaires avec certains lecteurs? Connaissez-vous l'étendue de votre lectorat? Moins de 2000 lecteurs, entre 2000 et 5000, entre 5000 et 10000, entre 10000 et 50000, plus de 50000 lecteurs?

J’ai entre mille et dix mille lecteurs selon les ouvrages. Je reçois pas mal de lettres, auxquelles je réponds.

Votre lectorat est-il fidèle? Votre lectorat a-t-il changé au fur et à mesure du déroulement de votre parcours?X

Je crois que c’est un lectorat très fidèle, régulier

Quel est votre plus gros succès de librairie? A combien d'exemplaires a-t-il été vendu? Quel est votre plus gros échec de librairie? Quel est votre plus beau succès d'estime? Réalisez-vous les deux types de succès régulièrement?

La Littérature sans estomac, environ 15000 exemplaires. Ce sera peut-être plus pour Festins secrets. Le plus beau succès d’estime est Pays perdu, et le plus gros échec, je crois, mon roman Carnage de clowns à L’Harmattan.

Connaissez-vous la composition de votre lectorat: masculin, féminin, jeune, vieux…? Vos livres sont-ils traduits? En quelle langue? Depuis quand?

Je ne sais pas. Entre trente et soixante ans, sans doute. Ma thèse, Géographies imaginaires, a été traduite au Mexique en 2005-09-08.

Etes-vous membres d'une association d'écrivain? La ou lesquelles? Depuis quand et pourquoi? Etes-vous membre d'une société savante ou littéraire (les amis de Colette, de Balzac, d'Alexandre Dumas…)? Laquelle? Depuis quand? Etes-vous adhérent d'un syndicat d'écrivain? Lequel? Depuis quand? Pourquoi celui-ci? Avez-vous participé à la création d'un syndicat d'écrivain? Lequel? Avez-vous participé à l'Union des écrivains? Etes-vous inscrit à la Société des gens de Lettres, depuis quelle époque? Etes-vous membre de La Maison des écrivains? Etes-vous membre du Conseil Permanent des écrivains? Etes-vous membre du syndicat des écrivains de langue française? Etes-vous membre du Parlement international des écrivains, du Pen Club? Avez-vous déjà été membre d'une commission du C.N.L? Avez-vous participé au mouvement de mai 68 en tant qu'écrivain? Que pensez-vous de ces actions?

Je suis membre de la SGDL, depuis une dizaine d’années, de la Société Joris-Karl Huysmans, Marcel Schwob, Alexandre Vialatte. J

Avez-vous déjà occupé des fonctions institutionnelles au Conseil d'Etat, la Cour des Comptes, des fonctions diplomatiques, participé à des gouvernements (à quel titre), été attaché culturel, conseiller culturel… Pouvez-vous préciser lesquelles et à quelle époque?X

Non

Avez-vous déjà bénéficié d'une bourse du CNL? Laquelle? En quelle année? Avez-vous été pensionnaire de la Villa Médicis ou d'une institution équivalente? En quelle année? Que vous a apporté ce type d'expérience? Avez-vous déjà été candidat auprès de telles institutions?

Non

Avez-vous déjà obtenu des bourses de Conseil régionaux, ou de Conseil généraux? Lesquels? Avez-vous déjà été écrivain en résidence? Dans quelle région? Avec quel financement?

Déjà répondu

Pouvez-vous citer les différents modes de financement que vous avez obtenu pour exercer votre activité d'écrivain: bourses, prix littéraires, subventions…? Pouvez-vous préciser quelles sont les instances qui vous les ont alloués? A quelle époque? Rien Pour vous qu'est-ce que la littérature subversive? Les écrivains peuvent-ils tout se permettre? Que signifie, en matière de littérature, pouvoir tout se permettre? Que vous permettez-vous en littérature?

Rien

Etes-vous un écrivain engagé dans la vie publique? Si oui, sous quelle forme? Participez-vous à des associations extérieures à la vie littéraire? Lesquelles? Pourquoi? Participez-vous à la vie politique de la cité? Occupez-vous des fonctions électives (député, maire, conseiller général, sénateur, conseiller municipal)? Dans quelle commune, région? Depuis quand?

Non

Avez-vous déjà soutenu des candidatures présidentielles? Lesquelles? Quelles sont vos orientations politiques? Etes-vous affilié à un parti politique? Pour quel(s) parti(s) avez-vous voté depuis les années 60? Pouvez-vous préciser selon la période?

J’ai été membre du parti communiste de 1975 à 1980, environ. J’ai ensuite voté socialiste, puis écologiste, puis Chevènement, puis rien. Je me sens conservateur, sans affinité avec la grotesque droite française.

Avez-vous été à l'initiative de manifestes ou de pétitions? Lesquels, pourquoi? Avez-vous déjà signé des pétitions? Lesquelles? Avez-vous déjà signé des manifestes? Lesquels? Etes-vous investi dans diverses causes: politiques (soutien aux sans papier, aide aux réfugiés, Droit au logement…), droits de l'Homme, environnement, humanitaires mais aussi la défense des animaux…? Pouvez-vous préciser lesquelles et pourquoi? Avez-vous eu des prises de position publiques concernant un événement particulier? Lesquelles?

Non

Avez-vous pris parti dans l'affaire Rushdie, Taslima Nasreen? Ou dans d'autres affaires où les vies étaient en danger? Lesquelles? Vous êtes-vous manifesté dans les affaires Lindon, Renaud Camus? Ou d'autres affaires… Etes-vous attentif à la liberté d'expression des écrivains?

J’ai exprimé ma désapprobation à propos de l’attitude de certains intellectuels dans l’affaire Lindon et dans le lynchage de Jean-Philippe Domecq.

Avez-vous signé des manifestes qui défendent les intérêts des écrivains concernant les droits d'auteurs…? Lesquels? Pourquoi?

Non

Etes-vous attentif aux affaires de plagiat en littérature? Avez-vous déjà vécu ce type d'expérience?

Attentif, mais je n’ai pas d’expérience.

Avez-vous déjà eu affaire à la justice dans le cadre de votre vie d'écrivain? Pour quelle raison? Pouvez-vous me le raconter

Le Monde m’a menacé d’un procès en diffamation, sans suite. Je suis en procès contre les paysans de mon village qui m’ont agressé en groupe, chez moi, à la suite de la publication de Pays perdu. Ils ont jeté des pierres, blessé mes enfants qu’ils ont traités de sales bicots, et à moitié détruit mon véhicule. J’ai blessé certains d’entre eux.

Pour vous qu'est-ce que la littérature subversive? Les écrivains peuvent-ils tout se permettre? Que signifie, en matière de littérature, pouvoir tout se permettre? Que vous permettez-vous en littérature?

Cela devient un cliché d’être subversif. N’importe quoi est subversif. La vraie subversion consiste à remettre profondément en question les pouvoirs dominants, c'est-à-dire, pour l’essentiel, dans le domaine culturel, les médias et l’industrie des médias. Je crois qu’il y a une éthique littéraire, mais que la littérature n’a pas de limites morales particulières.

Pouvez-vous me fournir votre bibliographie. 1) Titre, année, éditeur, genre (essai, biographie, roman, nouvelles…), qualifier le type de genre, nb de vente. Vos livres sont-ils édités en livre de poche? Lesquels? Vos livres sont-ils distribués par correspondance (France Loisirs, Club du livre…)
Voir CV fourni
Publication en magazine (nouvelles, articles, feuilletons). Pouvez-vous préciser le statut des textes publiés et les lieux et dates de publication. Interviews données dans des magazines, journaux, médias audiovisuels. Liste des prix obtenus, année d'attribution, montant perçu. Liste des aides, bourses et subventions reçues et montant perçu. Type de contrat passé avec l'éditeur. Y-a-t-il des clauses particulières? Mode de rémunération: mensualisation, annualisation… Pourcentage perçu sur les ventes de livres
Pourcentage
Quel est votre régime fiscal?
Salarié
Cotisez-vous à l'AGESSA (Association pour la Gestion de la Sécurité Sociale des Auteurs)?
Je ne sais pas ; Oui ;
Comment vous définissez-vous: écrivain, écrivaine, romancier(ère), auteur(e), autrice, dramaturge, essayiste, poète, nouvelliste…? Pourquoi choisissez-vous de vous dénommer ainsi? Quelle profession mentionnez-vous sur votre déclaration de revenu? Comment vous présentez-vous lorsque l'on vous demande votre activité? Pourquoi? Est-ce difficile de se dire: écrivain, romancier… Que pensez-vous de la féminisation du titre d'écrivain? Si vous êtes une femme, vous dénommez-vous "écrivaine"? Pourquoi? En quelles circonstances? Faites-vous des différences entre les différentes appellations? Pourquoi? Pouvez-vous établir un classement selon le prestige que vous accordez à ces titres?
Ecrivain et universitaire. Sur les impôts, salarié. La féminisation me paraît sans utilité.Je préfère être écrivain, c’est dans cette activité que je me reconnais.
Depuis quand vous reconnaissez-vous comme écrivain, romancier, auteur…? Quel est l'élément qui vous fait vous sentir appartenir au monde de la littérature? Quand vous êtes-vous senti reconnu? Par qui? Par quel type de consécration?
Je peux me dire écrivain depuis ma première publication de fiction, même si je me sens écrivain depuis l’adolescence. Je me sens reconnu depuis La Littérature sans estomac et pays perdu.
Quelle est la marque de reconnaissance à laquelle vous accordez le plus d'importance: critique littéraire de presse écrite, lettres d'autres écrivains, prix littéraires (lesquels?), succès de librairie, mention de vos œuvres dans des anthologies, autres… pouvez-vous précisez?
Surtout les lettres d’autres écrivains, mais je suis très sensibles aux anthologies, aux traductions et aux succès de librairie. Moins au prix.
Etes-vous abonné à des revues, magazines spécialisés ou généraux ? Lesquels ? Etes-vous lecteur d’un ou plusieurs quotidiens ? Lesquels
Non
Date et lieu de naissance (ville, pays). Si vous êtes né (e) à l'étranger, à quel âge êtes-vous venu en France? Avez-vous séjourné à l'étranger pour une durée supérieure à un mois avant d'être écrivain? Dans quel cadre?

Né le 9 décembre 1955 à Saint-Maur

Sexe: masculin, féminin

M

Où et dans quel(s) établissement(s) (privé confessionnel ou non, public) avez-vous fait vos études primaires? Aviez-vous des précepteurs? Où et dans quel(s) établissement(s) (privé confessionnel ou non, public) avez-vous fait vos études secondaires? Où et dans quel(s) établissement(s) avez-vous fait votre apprentissage technique? Où et dans quel(s) établissement(s) avez-vous fait vos études supérieures?

Ecole de l’Enfant Jésus à Créteil,et à partir de la 6e Frères des Ecoles chrétiennes Paris (4e). Université de Créteil.

Quel est votre diplôme le plus élevé? En quelle année l'avez-vous obtenu? Pour quelle(s) raison(s) n'avez-vous pas poursuivi d'études? Avez-vous cessé vos études pour commencer à écrire? Quel est votre niveau d'études le plus élevé? Quelle(s) filière(s) avez-vous suivi? Pourquoi? Quelles langues mortes avez-vous apprises? Quelles langues vivantes avez-vous apprises? Pratiquez-vous des langues étrangères? Avez-vous suivi plusieurs cursus scolaires? Lesquels? Pourquoi? Avez-vous repris des études? Quand et pourquoi? Quelle est votre formation initiale? Sélectionniez-vous vos cursus en fonction de votre aspiration à devenir écrivain? Vos études ont-elles été utiles à votre passage à l'écriture littéraire? Pourquoi? Le fait de n'avoir pas suivi d'études longues a-t-il eu une incidence sur votre parcours d'écrivain? Pourquoi? Le milieu d'études que vous avez fréquenté vous a-t-il rapproché du monde des Lettres?

Je suis agrégé de Lettres modernes, Docteur ès Lettres, habilité à diriger des recherches, professeur des universités. Je maîtrise encore un peu le latin et j’ai oublié le Grec. A part ça, anglais. Trop d’études ne facilite pas l’écriture. Cela pourrait être désséchant. Mais enfin ça ne m’a pas gêné.

Avez-vous une appartenance confessionnelle? Si oui, laquelle? Avez-vous vécu une conversion religieuse? Laquelle? A quel moment de votre vie? ,Votre appartenance confessionnelle a-t-elle une incidence sur votre œuvre? Pourquoi?

Non croyant, catholique de culture.

Avez-vous fait votre service militaire? Dans quel corps d'armée? A quelle époque? Avez-vous participé à des guerres? Lesquelles?

Ancien aspirant de l’armée de l’air (1978-1979)

Avez-vous été exempté ou réformé? Quel a été le votre premier emploi? En quelle année? Pouvez-vous citer les différents emplois que vous avez exercés successivement en précisant les périodes?

J’ai commencé comme élève-PEGC (1980) avant d’être professeur de collège, de lycée, puis universitaire.

Etes-vous venu vous installer à Paris ou en région parisienne? Votre activité littéraire vous a-t-elle conduite à déménager? Pourquoi? A quel moment de votre vie d'écrivain avez-vous déménagé? Comment s'organisent vos relations avec votre éditeur si vous êtes installé en région? Vous rendez-vous fréquemment chez lui? Si votre éditeur est installé en province, vous déplacez-vous souvent? Préférez-vous être édité à Paris ou en région? Cela change-t-il concrètement la donne? Pouvez-vous m'expliquer les différences que vous constatez? Avez-vous déjà publié à compte d'auteur? Pour quelles raisons?

J’ai passé mon enfance et mon adolescence à Créteil (94). Pour l’essentiel j’ai ensuite vécu à Paris en dépit de postes un peu partout : Auvergne, Pas de Calais, Oise, Seine et Marne, Alsace, Touraine, Drôme. J’ai vécu deux ans à Clermont, un an dans le Pas de Calais. Je vois souvent mon éditeur à Paris. C’est pratique, j’habite à côté. J’ai publié deux ou trois livres à compte d’auteur, faute de trouver un éditeur.

Lieu de naissance de la mère - Profession de la mère - Niveau d'études de la mère -Lieu de naissance du père - Profession du père - Niveau d'études du père - Dates de naissance, niveau d'études et profession des frères et sœurs. - Quelle est votre position dans la fratrie: aîné, junior, cadet, benjamin… - Aviez-vous des échanges sur la culture en général et à la littérature en particulier avec eux? De quelle nature étaient-ils?

Ma mère, retraitée, était institutrice dans le privé, sans avoir le bac. Mon père n’a pas fait d’études. Il était chauffeur de maître. Mon frère, né en 58, a une formation de dessinateur artistique, mais il est brocanteur et animateur dans des associations. Je suis l’aîné. Nous n’avons presque jamais parlé littérature.

Profession et niveau d'études des grands-parents maternels et paternels

maternels : bouchers sur les marchés. Paternels : industriels, ferrailleurs, marchands de peaux.

Appartenance sexuée du conjoint, compagnon, compagne... - Profession du conjoint ou des conjoints successifs. Pouvez-vous préciser les dates de vie commune? - Niveau d'études du ou des conjoints. - Le conjoint a-t-il des artistes ou écrivains dans sa famille? - Quel votre statut matrimonial? - Votre conjoint, vos conjoints ont-ils soutenu votre travail d'écrivain? - Le fait d'être écrivain a –t-il modifié le cours de votre (s) vie(s) de couple? Pourquoi? - Avec qui partagez-vous votre logement?

Mon ex-épouse est professeur en collège. Ma compagne maître de conférences en littérature comparée à la Sorbonne. Le fait d’être écrivain est parfois difficile pour le conjoint, car cela mobilise beaucoup le temps et l’esprit, et le public tend à déborder sur le privé. Il faut faire attention. J’habite avec ma compagne et notre fils.

Avez-vous des enfants? Date de naissance des enfants. - Niveau d'études des enfants - Profession des enfants - Le fait d'avoir des enfants a-t-il eu une incidence sur votre vie d'écrivain? Pouvez-vous me préciser ce que cela a changé? - Le fait de ne plus avoir d'enfants à charge a-t-il modifié le rythme de vos publications?

J’ai trois enfants, né en 1991, 1994 et 2004. Cela prend du temps, mais cela a peu d’incidences sur le rythme des publications.

Etes-vous un écrivain engagé dans la vie publique? Si oui, sous quelle forme? Participez-vous à des associations extérieures à la vie littéraire? Lesquelles? Pourquoi? Participez-vous à la vie politique de la cité? Occupez-vous des fonctions électives (député, maire, conseiller général, sénateur, conseiller municipal)? Dans quelle commune, région? Depuis quand?

Non

Avez-vous déjà soutenu des candidatures présidentielles? Lesquelles? Quelles sont vos orientations politiques? Etes-vous affilié à un parti politique? Pour quel(s) parti(s) avez-vous voté depuis les années 60? Pouvez-vous préciser selon la période?

J’ai été membre du parti communiste de 1975 à 1980, environ. J’ai ensuite voté socialiste, puis écologiste, puis Chevènement, puis rien. Je me sens conservateur, sans affinité avec la grotesque droite française.

Avez-vous été à l'initiative de manifestes ou de pétitions? Lesquels, pourquoi? Avez-vous déjà signé des pétitions? Lesquelles? Avez-vous déjà signé des manifestes? Lesquels? Etes-vous investi dans diverses causes: politiques (soutien aux sans papier, aide aux réfugiés, Droit au logement…), droits de l'Homme, environnement, humanitaires mais aussi la défense des animaux…? Pouvez-vous préciser lesquelles et pourquoi? Avez-vous eu des prises de position publiques concernant un événement particulier? Lesquelles?

Non

Avez-vous pris parti dans l'affaire Rushdie, Taslima Nasreen? Ou dans d'autres affaires où les vies étaient en danger? Lesquelles? Vous êtes-vous manifesté dans les affaires Lindon, Renaud Camus? Ou d'autres affaires… Etes-vous attentif à la liberté d'expression des écrivains?

J’ai exprimé ma désapprobation à propos de l’attitude de certains intellectuels dans l’affaire Lindon et dans le lynchage de Jean-Philippe Domecq.

Avez-vous signé des manifestes qui défendent les intérêts des écrivains concernant les droits d'auteurs…? Lesquels? Pourquoi?

Non

Etes-vous attentif aux affaires de plagiat en littérature? Avez-vous déjà vécu ce type d'expérience?

Attentif, mais je n’ai pas d’expérience.

Avez-vous déjà eu affaire à la justice dans le cadre de votre vie d'écrivain? Pour quelle raison? Pouvez-vous me le raconter

Le Monde m’a menacé d’un procès en diffamation, sans suite. Je suis en procès contre les paysans de mon village qui m’ont agressé en groupe, chez moi, à la suite de la publication de Pays perdu. Ils ont jeté des pierres, blessé mes enfants qu’ils ont traités de sales bicots, et à moitié détruit mon véhicule. J’ai blessé certains d’entre eux.

Pour vous qu'est-ce que la littérature subversive? Les écrivains peuvent-ils tout se permettre? Que signifie, en matière de littérature, pouvoir tout se permettre? Que vous permettez-vous en littérature?

Cela devient un cliché d’être subversif. N’importe quoi est subversif. La vraie subversion consiste à remettre profondément en question les pouvoirs dominants, c'est-à-dire, pour l’essentiel, dans le domaine culturel, les médias et l’industrie des médias. Je crois qu’il y a une éthique littéraire, mais que la littérature n’a pas de limites morales particulières.

Pouvez-vous me fournir votre bibliographie. 1) Titre, année, éditeur, genre (essai, biographie, roman, nouvelles…), qualifier le type de genre, nb de vente. Vos livres sont-ils édités en livre de poche? Lesquels? Vos livres sont-ils distribués par correspondance (France Loisirs, Club du livre…)
Voir CV fourni
Publication en magazine (nouvelles, articles, feuilletons). Pouvez-vous préciser le statut des textes publiés et les lieux et dates de publication. Interviews données dans des magazines, journaux, médias audiovisuels. Liste des prix obtenus, année d'attribution, montant perçu. Liste des aides, bourses et subventions reçues et montant perçu. Type de contrat passé avec l'éditeur. Y-a-t-il des clauses particulières? Mode de rémunération: mensualisation, annualisation… Pourcentage perçu sur les ventes de livres
Pourcentage
Quel est votre régime fiscal?
Salarié
Cotisez-vous à l'AGESSA (Association pour la Gestion de la Sécurité Sociale des Auteurs)?
Je ne sais pas ; Oui ;
Comment vous définissez-vous: écrivain, écrivaine, romancier(ère), auteur(e), autrice, dramaturge, essayiste, poète, nouvelliste…? Pourquoi choisissez-vous de vous dénommer ainsi? Quelle profession mentionnez-vous sur votre déclaration de revenu? Comment vous présentez-vous lorsque l'on vous demande votre activité? Pourquoi? Est-ce difficile de se dire: écrivain, romancier… Que pensez-vous de la féminisation du titre d'écrivain? Si vous êtes une femme, vous dénommez-vous "écrivaine"? Pourquoi? En quelles circonstances? Faites-vous des différences entre les différentes appellations? Pourquoi? Pouvez-vous établir un classement selon le prestige que vous accordez à ces titres?
Ecrivain et universitaire. Sur les impôts, salarié. La féminisation me paraît sans utilité.Je préfère être écrivain, c’est dans cette activité que je me reconnais.
Depuis quand vous reconnaissez-vous comme écrivain, romancier, auteur…? Quel est l'élément qui vous fait vous sentir appartenir au monde de la littérature? Quand vous êtes-vous senti reconnu? Par qui? Par quel type de consécration?
Je peux me dire écrivain depuis ma première publication de fiction, même si je me sens écrivain depuis l’adolescence. Je me sens reconnu depuis La Littérature sans estomac et pays perdu.
Quelle est la marque de reconnaissance à laquelle vous accordez le plus d'importance: critique littéraire de presse écrite, lettres d'autres écrivains, prix littéraires (lesquels?), succès de librairie, mention de vos œuvres dans des anthologies, autres… pouvez-vous précisez?
Surtout les lettres d’autres écrivains, mais je suis très sensibles aux anthologies, aux traductions et aux succès de librairie. Moins au prix.
Etes-vous abonné à des revues, magazines spécialisés ou généraux ? Lesquels ? Etes-vous lecteur d’un ou plusieurs quotidiens ? Lesquels
Non
Date et lieu de naissance (ville, pays). Si vous êtes né (e) à l'étranger, à quel âge êtes-vous venu en France? Avez-vous séjourné à l'étranger pour une durée supérieure à un mois avant d'être écrivain? Dans quel cadre?

Né le 9 décembre 1955 à Saint-Maur

Sexe: masculin, féminin

M

Où et dans quel(s) établissement(s) (privé confessionnel ou non, public) avez-vous fait vos études primaires? Aviez-vous des précepteurs? Où et dans quel(s) établissement(s) (privé confessionnel ou non, public) avez-vous fait vos études secondaires? Où et dans quel(s) établissement(s) avez-vous fait votre apprentissage technique? Où et dans quel(s) établissement(s) avez-vous fait vos études supérieures?

Ecole de l’Enfant Jésus à Créteil,et à partir de la 6e Frères des Ecoles chrétiennes Paris (4e). Université de Créteil.

Quel est votre diplôme le plus élevé? En quelle année l'avez-vous obtenu? Pour quelle(s) raison(s) n'avez-vous pas poursuivi d'études? Avez-vous cessé vos études pour commencer à écrire? Quel est votre niveau d'études le plus élevé? Quelle(s) filière(s) avez-vous suivi? Pourquoi? Quelles langues mortes avez-vous apprises? Quelles langues vivantes avez-vous apprises? Pratiquez-vous des langues étrangères? Avez-vous suivi plusieurs cursus scolaires? Lesquels? Pourquoi? Avez-vous repris des études? Quand et pourquoi? Quelle est votre formation initiale? Sélectionniez-vous vos cursus en fonction de votre aspiration à devenir écrivain? Vos études ont-elles été utiles à votre passage à l'écriture littéraire? Pourquoi? Le fait de n'avoir pas suivi d'études longues a-t-il eu une incidence sur votre parcours d'écrivain? Pourquoi? Le milieu d'études que vous avez fréquenté vous a-t-il rapproché du monde des Lettres?

Je suis agrégé de Lettres modernes, Docteur ès Lettres, habilité à diriger des recherches, professeur des universités. Je maîtrise encore un peu le latin et j’ai oublié le Grec. A part ça, anglais. Trop d’études ne facilite pas l’écriture. Cela pourrait être désséchant. Mais enfin ça ne m’a pas gêné.

Avez-vous une appartenance confessionnelle? Si oui, laquelle? Avez-vous vécu une conversion religieuse? Laquelle? A quel moment de votre vie? ,Votre appartenance confessionnelle a-t-elle une incidence sur votre œuvre? Pourquoi?

Non croyant, catholique de culture.

Avez-vous fait votre service militaire? Dans quel corps d'armée? A quelle époque? Avez-vous participé à des guerres? Lesquelles?

Ancien aspirant de l’armée de l’air (1978-1979)

Avez-vous été exempté ou réformé? Quel a été le votre premier emploi? En quelle année? Pouvez-vous citer les différents emplois que vous avez exercés successivement en précisant les périodes?

J’ai commencé comme élève-PEGC (1980) avant d’être professeur de collège, de lycée, puis universitaire.

Etes-vous venu vous installer à Paris ou en région parisienne? Votre activité littéraire vous a-t-elle conduite à déménager? Pourquoi? A quel moment de votre vie d'écrivain avez-vous déménagé? Comment s'organisent vos relations avec votre éditeur si vous êtes installé en région? Vous rendez-vous fréquemment chez lui? Si votre éditeur est installé en province, vous déplacez-vous souvent? Préférez-vous être édité à Paris ou en région? Cela change-t-il concrètement la donne? Pouvez-vous m'expliquer les différences que vous constatez? Avez-vous déjà publié à compte d'auteur? Pour quelles raisons?

J’ai passé mon enfance et mon adolescence à Créteil (94). Pour l’essentiel j’ai ensuite vécu à Paris en dépit de postes un peu partout : Auvergne, Pas de Calais, Oise, Seine et Marne, Alsace, Touraine, Drôme. J’ai vécu deux ans à Clermont, un an dans le Pas de Calais. Je vois souvent mon éditeur à Paris. C’est pratique, j’habite à côté. J’ai publié deux ou trois livres à compte d’auteur, faute de trouver un éditeur.

Lieu de naissance de la mère - Profession de la mère - Niveau d'études de la mère -Lieu de naissance du père - Profession du père - Niveau d'études du père - Dates de naissance, niveau d'études et profession des frères et sœurs. - Quelle est votre position dans la fratrie: aîné, junior, cadet, benjamin… - Aviez-vous des échanges sur la culture en général et à la littérature en particulier avec eux? De quelle nature étaient-ils?

Ma mère, retraitée, était institutrice dans le privé, sans avoir le bac. Mon père n’a pas fait d’études. Il était chauffeur de maître. Mon frère, né en 58, a une formation de dessinateur artistique, mais il est brocanteur et animateur dans des associations. Je suis l’aîné. Nous n’avons presque jamais parlé littérature.

Profession et niveau d'études des grands-parents maternels et paternels

maternels : bouchers sur les marchés. Paternels : industriels, ferrailleurs, marchands de peaux.

Appartenance sexuée du conjoint, compagnon, compagne... - Profession du conjoint ou des conjoints successifs. Pouvez-vous préciser les dates de vie commune? - Niveau d'études du ou des conjoints. - Le conjoint a-t-il des artistes ou écrivains dans sa famille? - Quel votre statut matrimonial? - Votre conjoint, vos conjoints ont-ils soutenu votre travail d'écrivain? - Le fait d'être écrivain a –t-il modifié le cours de votre (s) vie(s) de couple? Pourquoi? - Avec qui partagez-vous votre logement?

Mon ex-épouse est professeur en collège. Ma compagne maître de conférences en littérature comparée à la Sorbonne. Le fait d’être écrivain est parfois difficile pour le conjoint, car cela mobilise beaucoup le temps et l’esprit, et le public tend à déborder sur le privé. Il faut faire attention. J’habite avec ma compagne et notre fils.

Avez-vous des enfants? Date de naissance des enfants. - Niveau d'études des enfants - Profession des enfants - Le fait d'avoir des enfants a-t-il eu une incidence sur votre vie d'écrivain? Pouvez-vous me préciser ce que cela a changé? - Le fait de ne plus avoir d'enfants à charge a-t-il modifié le rythme de vos publications?

J’ai trois enfants, né en 1991, 1994 et 2004. Cela prend du temps, mais cela a peu d’incidences sur le rythme des publications.

Au regard de votre production littéraire, vous êtes un grand lecteur. D’où vous est venu cet appétit de lire ? Et, au delà, cette envie d’écrire ? Laquelle de ces démarches a débouché sur l’autre : lire par envie d’écrire ou écrire à force de lire ?

P.J
Je ne sais pas trop quoi répondre. J’ai commencé par Oui oui et sa voiture jaune et les modes d’emploi des boîtes de Banania, puis j’ai continué. Il m’en reste peut-être quelque chose. A quinze ans c’était une drogue. Je crois qu’on commence à écrire par imitation, comme pour la parole. Tout le monde écrit plus ou moins. Cela prend une dimension plus importante pour toutes sortes de raisons, à la fois sociales et intimes. Lorsque l’imaginaire a des exigences dévorantes, on est bien obligé d’écrire. Et aussi parce qu’on a besoin d’une reconnaissance symbolique. De manière plus personnelle, l’écrivain est peut-être partiellement le produit d’une revanche sociale que mes parents ont voulu faire passer par moi en poussant certaines dispositions pour le maniement de la langue écrite. La compensation aussi des difficultés de mon père avec la parole, dont il me reste quelque chose. Mais il faut insister sur le fait que l’imaginaire se construit aussi avec des représentations culturelles. Ecrire, c’est intégrer ce que lit (ou voit) et tenter de s’en défaire.
On connaît surtout de vous votre Littérature sans estomac, en raison notamment des réactions suscitées par cet ouvrage. Vous dites que c’est un livre d’humour. Les écrivains seraient-ils susceptibles, manquent-ils de recul ou ont-ils tout simplement pris votre essai au premier degré ?

P.J
Un écrivain est par définition susceptible, et on ne saurait lui en vouloir. Il est douloureux d’être attaqué ou moqué à partir d’un objet ou l’on s’est investi profondément. Mais c’est le jeu. Il faut en accepter le risque. En outre, si j’utilise l’ironie, cela n’empêche pas la critique d’être sérieuse et de viser de vrais problèmes esthétiques. On a totalement occulté les passages très sérieux, voire théoriques du livre. Il n’y a pas eu débat. Bonne ou mauvaise, la réception journalistique n’a porté en général que sur des aspects anecdotiques. Le champ littéraire s’est pratiquement immunisé contre toute discussion de fond. Il est vrai que le niveau des journalistes littéraires est trop souvent affligeant, qu’il s’agisse de culture générale, d’intelligence ou de talent.

Qu’avez-vous au juste contre Sollers et consorts ?

P.J
Contre les personnes, rien. Contre les œuvres, davantage. Pour être plus précis, ce qui me frappe, c’est surtout l’écart entre le discours tenu sur des œuvres et ce que j’estime être la réalité de ces œuvres. Il va sans dire que tout écrivain a le droit de publier un mauvais livre ; je dirai presque qu’on le fait tous. Mais lorsqu’on ajoute la prétention à l’indigence, lorsque des livres que l’on peut, pour des raisons que j’ai essayé de donner, estimer indigents, font l’objet d’articles dithyrambiques dans certains journaux dits de référence, on peut estimer que la critique ne fait pas son travail. C’est frappant dans le champ littéraire contemporain. Mais c’est aussi un phénomène qui a toujours existé. La seule différence est qu’à notre époque plus personne ne le dénonce, à quelques exceptions près… Lorsque certains s’aventurent à le faire, ça leur coûte assez cher. Voilà, « avoir contre », je ne dirai pas cela comme ça ; disons plutôt que je me suis amusé à réagir sur des textes qui me faisaient sourire.

Dans le cas de Sollers, c’est un peu différent. Je pourrais dire en effet qu’en ce qui le concerne, j’ai quelque chose « contre » dans la mesure où il est typique de ce que j’appellerai une perversion contemporaine du champ culturel : il fait partie de ces individus qui se veulent rebelles tout en occupant des positions de pouvoir.

Vous avez parlé de mauvais livre. Qu’est-ce qu’un mauvais livre ?

P.J
Evidemment, nous ne sommes plus à une époque où le critique peut fulminer sur les œuvres à partir de valeurs objectives, cela n’existe plus, au moins depuis le XIXe siècle qui a contribué à dissoudre complètement les critères universels d’évaluation. Donc, je ne peux guère livrer qu’un point de vue personnel. Plus précisément, je pointe l’écart entre une valeur attribuée par la réception du livre – qui peut s’exprimer par exemple en des termes du type « c’est inventif », « c’est nouveau », « c’est créateur » - et un certain nombre de remarques qu’on peut faire assez facilement sur de vieilles formes recyclées qui finissent par être des clichés. On a souvent l’impression de repérer d’antiques structures remaquillées en nouveauté, ou inversement un recyclage de tics modernes, jusqu’à épuisement. Il y a toutes sortes de choses qui peuvent contribuer au ratage d’un livre, la grandiloquence que j’ai relevée par exemple dans les livres d’Olivier Rolin, mais aussi le bavardage informe devenu très à la mode à partir de Christine Angot, autour de ce qu’on appelle « autofiction » Même si ce n’est pas une forme mauvaise en soi, cela consiste dans la plupart des cas à faire du livre le déversoir d’opinions et le récit de confidences. Récit qu’on a l’air de concéder comme valable et comme intéressant parce qu’il se donne comme personnel, en partant de l’idée qu’il y aurait une vérité brute de l’être et de la personne et qu’il suffirait de la transcrire également de manière brute pour s’approcher de cette vérité… C’est une grossière approximation esthétique, et c’est une représentation désuète. Là encore, on ne peut que souligner l’écart regrettable entre ce que l’on déclare être nouveau – et évidemment rebelle, puisque tout le discours qui est tenu autour de ces auteurs repose sur le fait que leur rébellion revient à assumer leurs différences individuelles – et un certain conformisme.

Cette forme qu’est l’autofiction n’est finalement qu’une espèce de ruse pour aller dans le sens de la marchandise, pas seulement littéraire, c’est-à-dire du voyeurisme, du commerce de l’intime. On donne comme qualités esthétiques et culturelles un écart qui est en réalité un conformisme. Ce que j’appellerai un mauvais livre, c’est exactement cela, un livre dont l’esthétique est une ruse, ruse qui élabore des alibis, prétend à l’originalité sur le vieux mode au fond entièrement dixneuviémiste et conventionnel de l’écrivain marginal et rebelle.

Avec votre sens de la provocation et votre goût de la polémique, lorsque vous-mêmes écrivez un roman, avez-vous conscience que vous prêtez dix fois plus le flanc à la critique que n’importe quel autre écrivains ?

P.J
Oh, j’ai entendu deux discours opposés là-dessus. Publier un roman après avoir attaqué les autres est un risque, c’est vrai, mais après tout il faut l’assumer. On pourrait aussi considérer que j’utilise le succès d’un livre critique pour pouvoir faire passer ma fiction… On peut voir cela comme une opération publicitaire… En fait, je crois tout simplement qu’il est toujours arrivé dans la vie littéraire qu’un écrivain ait une, deux ou trois casquettes. A lui de savoir les porter…

Mais vous prenez des risques qui excèdent ceux du critique littéraire… Dernièrement, alors que vous alliez passer des vacances dans votre village natal, vous avez été pris à parti par vos lecteurs

P.J
Mais vous prenez des risques qui excèdent ceux du critique littéraire… Dernièrement, alors que vous alliez passer des vacances dans votre village natal, vous avez été pris à parti par vos lecteurs

Et tout cela à cause d’un livre ?

P.J
Oui, tout ça à cause de Pays perdu… Je me demande si les habitants du village ont lu le livre ; je ne crois pas en fait. Ou très peu. Je pense plutôt que des rumeurs ont circulé sur la teneur de l’ouvrage. Enfin, cela permet de mesurer qu’il reste en France des lecteurs passionnés, non ? C’est amusant parce que d’un côté je suis présenté comme le provincial montant à l’assaut de la presse parisienne et de l’autre côté je suis le parisien qui dit du mal des villageois !

Je n’ai jamais voulu tenir le discours ridicule aujourd’hui consistant à dire que l’écrivain est un marginal et un rebelle. Mais dans ce cas de figure, j’ai pu mesurer la violence des mots et de ce qu’ils engendrent. Dire que certains écrivains cherchent désespérément la violence ou la censure pour se prouver que leurs textes existent… L’expérience est d’autant plus violente pour moi que je tiens profondément à ce lieu, à ce village. J’ai l’impression d’avoir sacrifié tout un pan de vie à la littérature.

Camille Laurens s’est vengée elle aussi, dans La Revue Littéraire de Léo Scheer, en appliquant le procédé que vous avez utilisé contre ses livres, pour faire le procès de Festins secrets…

P.J
j’ai écrit une réponse, dans la même revue, soulignant le fait que c’était en effet une bonne copie… sans doute la meilleure qu’elle ait jamais écrite. A la suite de cette parodie, sur le site de P.O.L., elle a publié un texte sur Dijon affligeant de platitude. La comparaison est assez parlante. Au fond, c’est quand elle m’imite qu’elle devient acceptable. D’ailleurs, ce n’était pas une mauvaise imitation du roman : son idée était de pointer Festins Secrets comme une espèce de livre kitsch, surécrit. C’est un point de vue en effet. Je crois aussi qu’elle n’a pas compris l’essentiel, à savoir que ce roman est tout entier un discours, lequel est tenu dans un registre un peu trop soutenu par une voix qui est le mauvais esprit du personnage principal, et que ce côté soutenu fait partie de l’ironie de ce discours, pour souligner l’écart avec le côté sordide de ce qui est décrit. Camille Laurens a une certaine finesse critique, mais qui ne va pas jusque là.

Si l’on en croit Michel Leiris, il ne faut pas redouter la corne du taureau

P.J
Effectivement je m’en moque. Nous ne sommes pas en URSS… À certains moments pourtant, il y a des choses qui m’ont peiné, pas tant les attaques contre ma personne que, comme on disait en Allemagne dans les années 70 « l’interdit de travailler ». La censure aujourd’hui est une réalité. Elle ne vient plus du pouvoir central, mais des journalistes et des éditeurs eux-mêmes. Lorsque Pocket m’a fait savoir par exemple qu’ils retardaient la sortie en poche de La littérature sans estomac, cela m’a peiné… Lorsque les Temps modernes m’ont fait dire qu’un de mes articles, qui était sous presse, ne paraîtrait pas pour ne pas froisser le Monde, cela m’a peiné. Idem lorsque, pour les mêmes raisons, un journaliste de Libération a déclaré que son journal ne parlerait pas de moi. J’ai eu le sentiment qu’on se dirigeait peut-être vers un interdit de publier. Cela continue. Certains prix me sont interdits, comme le prix France culture, certains articles ont du mal à passer. Cela dit, j’ai moins souffert de la censure que Domecq a pu en souffrir à une certaine époque. J’ai réussi, plus que lui, à passer à travers les mailles de la petite tyrannie. Mais il suffit de critiquer une production contemporaine quelconque pour être quasi automatiquement traité de fasciste ou de populiste par les intellectuels gardiens de l’orthodoxie. Ils ne se rendent pas compte qu’ils se sont installés à la place du procureur Pinard. J’ai toujours refusé l’idée qu’on ne pouvait rien faire, j’ai toujours cru à l’idée qu’on pouvait agir un petit peu, qu’il y avait une relative efficace de l’écriture, et j’ai toujours cru que cette efficace devait passer par l’humour…

Au final, ne vous sentez vous pas un peu seul dans la mesure où la grande tendance d’aujourd’hui consiste à dire que si un livre n’est pas bon, il est inutile d’en parler…

P.J
J’écoutais encore le Masque et la plume dimanche dernier : les gens se lâchent beaucoup plus sur le cinéma que sur la littérature… Tout se passe comme si les livres étaient une espèce d’objet tabou, à protéger. C’est curieux. À quelqu’un qui attaque un film, personne ne dira « tu es un fasciste » ou « lepéniste »… Pour la littérature, il n’en va pas de même. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que nous fonctionnons sur de vieux schémas. Cela dit, les choses commencent à changer. Je ne crois pas aux actions qui débouchent immédiatement et avec beaucoup d’éclat, mais au travail opéré par des gens qui se regroupent, qui se rencontrent, qui forment une communauté d’esprit… Tout cela contribue très progressivement à faire évoluer les mentalités. Pour Le cadavre bouge encore, j’ai rencontré des gens intéressants, qui n’obéissent pas aux vieux automatismes, Je pense à Pierre Bottura, à Oliver Rohé ou à Bernard Quiriny par exemple.

… ouvrage collectif dans lequel un de vos textes a été retiré à la dernière minute et à la demande de l’éditeur Léo Scheer. Que s’est-il passé ? Une conséquence de votre Littérature sans estomac ?

P.J
… ouvrage collectif dans lequel un de vos textes a été retiré à la dernière minute et à la demande de l’éditeur Léo Scheer. Que s’est-il passé ? Une conséquence de votre Littérature sans estomac ?

Vous publiez ce mois-ci L’œuvre du propriétaire, autour d’un « génie méconnu ». Quelle est la genèse de ce livre et comment s’inscrit votre démarche par rapport à vos autres livres ?

P.J
Ce livre est exactement ce qu’il ne faut pas faire lorsqu’on vise la respectabilité littéraire. Je change radicalement de forme et de ton après Festins secrets. Mais ce livre date de bien avant. Il s’agit d’abord d’une pochade, qui vise à faire rire. Il y a plusieurs années, j’ai réuni quelques textes épars, quelques extraits de manuscrits de livres auxquels je tiens, et je les ai présentés sous forme clownesque, en les attribuant à un écrivain inconnu et en parodiant en même temps l’érudition universitaire, les notes en bas de page, etc. J’ai ajouté des textes élaborés à l’occasion d’ateliers d’écriture que je donne à l’université, et plus récemment des parodies de poèmes académiques contemporains, que j’ai tenu à écrire en moins de trois minutes chacun. Le tout donne une sorte de rhapsodie loufoque, fondée sur l’autodérision. J’avais sans doute envie de montrer qu’on peut à la fois accorder à la littérature une place essentielle et ne pas se prendre au sérieux.

(La presse Littéraire)

On a pu lire dans Le Monde des livres, en 2002, ce texte dû à la plume d’une journaliste réputée : « les écrivains […] bâtissent, envers et contre tout – contre tous plutôt – leur royaume. Sinon ils sont des raconteurs d’histoire. C’est très exactement là que se situe la ligne de partage, du côté des auteurs comme du côté des lecteurs : entre les amateurs d’histoires et les passionnés de texte ». D’après cette journaliste, il y aurait ainsi, chez les vrais écrivains, une « volonté d’affirmation brute de soi contre une société qui veut vous faire raconter des histoires ».

La société exige aussi et peut-être surtout l’inverse. Ceux qui ont monté le Loft savent que c’est le phantasme du dévoilement intégral qui est payant aujourd’hui. L’illusion de la vérité brute, immédiatement livrée. Ceux qui aiment raconter et entendre des histoires n’ignorent pas que la vérité est un être délicat, fragile, fuyant, que l’on ne peut espérer entrevoir justement qu’en se lançant dans la forêt profonde et enchevêtrée des histoires.

Pourquoi faut-il raconter des histoires ?

Parce que même les écrivains qui ont essayé de s’en tenir à leur propre personne, d’en serrer la vérité au plus près, même eux ont rencontré sur ce chemin l’arborescence infinie des histoires, qui plonge ses racines jusqu’au mythe. Au cœur de notre intimité, il n’y a pas une substance personnelle, il y a des histoires : la nôtre, et celle de tous ceux qui nous composent. Les détours de l’histoire sont le plus court chemin vers l’altérité en soi.


Parce que nous aimerions vivre plusieurs vies. On n’a pas encore trouvé de meilleur moyen que de raconter des histoires pour aller dans d’autres mondes, d’autres temps, d’autres corps et d’autres esprits que les nôtres. Les histoires multiplient et enrichissent la nôtre.


Parce que, ainsi placé au cœur d’un entrelacs de récits, le récit de notre vie nous paraît moins lourd à supporter, moins irrémédiable. Il devient relatif, il s’allège, il s’éclaire.


Parce qu’une histoire condense la durée et lui donne du sens. La texture de la vie est ordinairement lâche et dispersée. Le temps d’une histoire, elle se resserre, elle accède à un degré élevé d’intensité.


Parce que nous nous racontons notre vie plus que nous la vivons. Il y a parfois plus de vérité dans une fiction que dans ce que nous croyons être notre vie, et qui n’est en réalité que le discours que nous nous tenons sur elle. Une histoire peut nous rendre l’accès à une réalité que nous nous dissimulons.


Parce que les bonnes histoires accueillent le mystère. Nous vivons un temps qui prétend tout montrer, tout mettre en lumière. Il y a des choses qui meurent et se dessèchent à la pleine lumière. Les histoires nous conduisent vers la source obscure. Elles préservent cette part d’ombre qui, au même titre que l’eau, rend la vie possible.


Et il y aurait, bien sûr, bien des choses à dire encore.

1)
Quand j'ai évoqué le sujet de l'entretien, vous avez répondu : "J'ai l'impression d'avoir répondu cent fois à ces questions à chaque rentrée littéraire. Est-ce une façon de dire que le retentissement de "La Littérature sans estomac" vous a enfermé dans un rôle ?

Tout retentissement médiatique nous enferme dans un rôle. Pire, dans une caricature. La complexité est étrangère aux journalistes. Je suis donc désormais le démolisseur de service, même si la satire représente 10 % de ma production littéraire et de mes préoccupations intellectuelles. C’est ce qu’on me demande de faire. Dès que je publie un roman, même si cela n’a rien à voir, l’article qui en rend compte commence toujours par quelque chose comme « le boxeur de la littérature a encore frappé ». Après quoi on me reproche de me cantonner dans ce rôle. Les médias décident une fois pour toutes qui vous êtes. A partir de là, tout élément qui n’entre pas dans ce schéma est rejeté, n’existe pas. Par ailleurs, au-delà de mon cas personnel, la corruption des prix devient un « marronnier ». C’est le rite de la rentrée. On parle prix trafiqués comme on parle pinard ou fromage : c’est français, c’est rituel, et on finit par trouver ça pas bien grave, amusant, et finalement normal. ça ne l’est pas. Je ne sais donc plus comment évoquer ces questions, sans tomber dans le folklore de l’agitation littéraire. Et puis, ce qui m’intéresse, c’est le texte, pas la sociologie de la littérature.

2)
Vous poursuiviez votre réponse en notant qu'il "y a des banalités qu'il n'est peut-être pas inutile de redire, puisque rien ne change". Aujourd'hui, le constat dressé dans "La Littérature sans estomac" et dans "Petit-déjeuner chez tyrannie" serait le même ? Pire ?

Le même. Ces livres ont six ans, les choses ne changent pas en six ans. Et, de toutes façons, je doute qu’elles changent vraiment. Mais on peut toujours essayer. Il y avait deux ou trois idées qu’il me semblait indispensable d’exprimer. Notamment en ce qui concerne l’écart entre le discours critique et la réalité des textes. Dans ce domaine, on n’a guère avancé. Lorsque je lis certaines critiques dans les journaux qui comptent, je reste assez ahuri. J’hésite toujours entre les effets du copinage et la pure et simple incapacité à lire et évaluer un texte. Quoi qu’il en soit, ça continue joyeusement. Grands prix littéraires à des journalistes, à des gens influents, allons-y. Le prix décembre décerné à Yannick Haenel alors qu’il est publié dans la collection de Sollers qui est aussi membre du jury du prix Décembre. Et Haenel publie à la gloire de Sollers un livre dans une collection dirigée par Sollers. Membre du jury du prix Décembre également, Pierre Bergé, ami de Sollers et Savigneau, qui a fait interdire dans Têtu, journal dont il est propriétaire, un article qui s’interrogeait sur certains propos de cette dame sur les homosexuels. Et allez donc. Tout cela ne scandalise même plus. Et bien entendu, dithyrambes sur Haenel dans Le Monde. Mais aussi dans le Figaro. On lit Haenel, on tombe sur du lyrisme de comices agricoles, une emphase insupportable, des conceptions littéraires adolescentes. Mais en dehors de la corruption qui lui fait attribuer un prix, il reste que la littérature à l’épate fonctionne. Le constat de Gracq il y a 60 ans demeure valable. Tout est à l’avenant. Naulleau et moi continuons à nous faire traiter de réactionnaires dans Télérama, comme il y a six ans, comme Domecq il y a quinze ans. Tous nos arguments, et ceux de quelques autres, contre ce terrorisme intellectuel, ne pèsent guère face au pouvoir de matraquage et de répétition. Même si l’on n’est pas du tout réactionnaire et qu’on l’a prouvé, il suffit que cela soit répété cent fois pour qu’on le devienne aux yeux de tous. Il n’existe pas, ou très peu, d’argumentation et de jugement proprement littéraires dans ce pays. Il y a quelques personnes qui disposent de tribunes, qui s’estiment pour cela détentrices de la légitimité et garantes de la modernité littéraire. Elles défendent leurs positions par des condamnations d’allure politique. D’autre part, lorsque vous évoquez ces problèmes, comme cela m’arrive, certains rétorquent que tout cela, ce sont des intrigues parisiennes, que cela n’intéresse personne. En quelque sorte, je ne veux pas le savoir. Je ne veux pas savoir comment la littérature est confisquée au profit de quelques médiocrités. Bref, la critique est de plus en plus difficile. Le critique doit désormais s’attendre à se voir traité d’aigri, de fasciste, ou de parisianiste, au choix. Mais, d’un autre côté, j’ai été entendu. Je crois qu’il y a beaucoup de gens qui sont prêts à entendre un discours critique un peu étayé, parce qu’ils attendent autre chose de la littérature que ce qu’on leur propose aujourd’hui. Il ne faut pas renoncer.

3)
Angot, Sollers, Beigbeder, Camille Laurens, Philippe Sollers… tous sont encore là, en tête de gondole. Seule Josyane Savigneau, pierre d'achoppement du Monde des Livres, n'a plus son rôle. Cela change quelque chose ?

L’individualité Savigneau ne pèse pas si lourd. Elle n’est qu’un symptôme, même si elle a fait beaucoup, avec quelques autres, pour détruire la crédibilité du Monde dans les milieux intellectuels. Disons qu’elle est intéressante parce que particulièrement caricaturale de l’état de la critique littéraire. On constate que quelqu’un d’aussi absolument dépourvu de talent, qui ne parvient à penser la littérature qu’en fonction de sa propre sexualité, de son sexe et de ses amitiés, peut occuper très longtemps un poste aussi stratégique que la direction du Monde des livres. De toutes manières, il ne s’agissait pas de faire disparaître quelques écrivains médiocres du champ littéraire, mais de montrer que d’autres évaluations sur eux étaient possibles. Cela peut jouer un rôle de rassemblement des esprits, hors de la sphère purement médiatique. Vous n’imaginez pas le nombre de gens qui se croyaient idiots ne pas aimer les auteurs encensés par la critique, et qui m’ont dit s’être sentis libérés d’entendre un autre discours.

4)
Gardez-vous espoir que cette lourde machine à produire des mauvais livres puisse un jour être vaincue ?

N’exagérons pas. L’objectif est un peu trop ambitieux. Ce qu’il faut viser, modestement, c’est dégager un peu plus d’espace pour les écrivains intéressants, ne pas laisser les mêmes accaparer la parole et le jugement, ne pas abandonner le terrain aux industriels de la bêtise. Et puis surtout, s’amuser, rire des pompeux, des marchands de clichés. ça fait beaucoup de bien.

5)
Ces mêmes têtes d'affiche médiocres toujours à l'affiche, ce n'est pas le signe d'une France un brin moisie et rance, en littérature comme en toutes choses?

Je n’emploierais pas ces termes un peu trop chargés de connotations. D’ailleurs la création littéraire est en France, aujourd’hui, très vivante et très riche. Méfions-nous de ne pas tomber dans le « il n’y a plus rien », qui est une autre forme du renoncement. Cela dit, il existe sans doute un problème français : faible déontologie journalistique, prééminence des a priori idéologiques et esthétiques par rapport au jugement libre et pragmatique. Il y a en France une bonne vieille tradition de la terreur intellectuelle. Elle ne repose plus sur aucun soubassement idéologique sérieux, mais elle sert de caution et d’alibi à une caste jalouse de ses privilèges. Donc, surtout pas d’attaque contre certains artistes ou certains intellectuels, sinon vous êtes fasciste. Nous en sommes encore là. Enfin, Gracq le disait déjà en 1950, le monde culturel fonctionne à la valeur acquise. Vous pouvez entasser les cochonneries, dès lors que vous êtes célèbre, ça n’a plus d’importance, on ne regardera pas à ça, il faut en parler. La lecture, quand il y a lecture, n’est pas faite en fonction du texte, mais de l’image qui le précède et vient s’interposer entre le regard et les mots

6)
De Christine Angot, vous écriviez en 2002 : elle fait "glisser la littérature vers la presse à scandale ou la variété télévisée". Ce que la dame illustre parfaitement avec "Le Marché des amants", mettant en scène sa relation avec Doc Gyneco. Vous l'avez lu ? Pour vous, cette scénarisation people est une tendance lourde de l'édition ?

Je l’ai lu, en effet, et sans a priori, prêt à le trouver bon. Je me suis ennuyé atrocement. C’est ce qui me frappe dans les livres de Christine Angot, le fait que c’est mal fichu, ennuyeux, quasiment illisible. J’admets le succès de Marc Lévy, c’est fabriqué, ça se lit. Angot, c’est du vrac, du tas. Du tas de quoi ? On ne sait pas trop, conversations téléphoniques sans fin et sans sujet, détails dépourvus de sens, confidences sexuelles, etc. C’est un peu l’esthétique du Loft. Et ça obtient le prix France Culture (il y a quelques années) ce qui en dit long sur la haine de certains intellectuels envers l’esprit. En réalité, ça n’intéresse plus personne, elle est soutenue à bout de bras par quelques journalistes influents, dont Savigneau, qui ne rate pas une occasion de soutenir un mauvais écrivain, Sollers, Libération, les inrockuptibles. Elle n’est pas lue, mais elle confisque les rentrées littéraires de manière scandaleuse, quand il y a tant de vrais écrivains dont on ne dit presque rien. Tout cela parce qu’elle serait un « phénomène de société ». Phénomène de rien : comme d’habitude, les journalistes parlent de ce qu’ils ont décrété être un phénomène. Cela n’apporte rien à personne, ni joie, ni plaisir esthétique, ni réflexion sur le monde ou sur soi. Un peu de voyeurisme, c’est tout. Mais je n’ai encore rencontré personne qui m’avoue aimer ça. François Bégaudeau aime, ce qui peut surprendre de la part d’un théoricien de l’engagement littéraire. Angot est en effet représentative de la pollution des esprits par le people, qui gagne la littérature, pour des raisons purement commerciales. Le romancier est désormais tenu de faire comme à la télé, de l’exhibition.

7)
Vous êtes un critique littéraire acide, peu amène envers la médiocrité. Une exception dans le paysage. Vous vous sentez isolé ? De façon plus large, vous avez le sentiment que la société ne tolère plus une saine méchanceté ?

Tout le monde a droit à la médiocrité. Moi aussi je suis médiocre. Mais dès qu’on s’expose, il faut admettre la critique. Si la mienne a été un peu violente, c’est qu’il y avait un écart surréaliste entre le lyrisme critique et la pauvreté des textes loués. La situation recelait quelques ressources comiques que j’ai exploitées. Et j’ai vu, en effet, que se moquer un peu des écrivains et des journalistes était devenu intolérable. La satire, cette tradition si française, et si vivante encore en politique, n’a plus le droit d’exister dans le domaine culturel. Sans doute, en effet, vivons-nous dans une société qui tend à tout rendre respectable. Respecte ma religion, respecte mes coutumes, respecte tout. Moyennant quoi, le droit de critique est de plus en plus réduit, on le constate chaque jour. Le paradoxe assez comique, là encore, c’est que les écrivains et les artistes qui supportent mal la critique sont les mêmes qui jouent au rebelle et au « dérangeant ». Ils se rattrapent en prétendant qu’on les critique parce qu’ils « dérangent ». L’idée qu’on en ait le droit, et qu’on le fasse juste pour exercer ce droit, leur est intolérable. Etrangement, dans les conversations, les écrivains et les journalistes sont d’une cruauté invraisemblable sur leurs petits camarades. Mais ils n’oseraient pas écrire ce qu’ils disent. Moi non plus, d’ailleurs. La couardise ne date pas d’aujourd’hui. Reste qu’il y a, ici et là, de petits pôles de résistance. Les développer, les maintenir constitue la véritable tâche. C’est par ces regroupements d’esprits indépendants que se transmettent les valeurs littéraires, ce sont eux qui font vraiment l’histoire littéraire.

8)
Dans "LQR, la propagande du quotidien", l'écrivain Eric Hazan dénonçait cette langue qui efface les résistances et travaille à la domestication des esprits. Elle a aussi cours dans la critique littéraire ?

Il est frappant de constater à quel point le style des critiques dans les grands suppléments littéraires est terne, gris, ennuyeux, émaillé des mêmes vieux clichés (« dérangeant », notamment). C’est une sorte d’intermédiaire entre la messe et le congrès du parti. Tout cela agrémenté de termes burlesques comme « chef d’œuvre » pour qualifier des produits sans intérêt. Il y a des chefs d’œuvre chaque semaine. Dans l’ensemble, la médiocrité du discours culturel est représentative de la médiocrité journalistique dans son ensemble. La profession recrute de plus en plus de gens sans envergure, sans culture, sans humour et sans maîtrise de la langue. Ils s’expriment comme des machines. Je songe souvent, en lisant Le Monde, Le Figaro ou Libération, à des copies d’anciens étudiants médiocres. Ils ont dû faire carrière dans le journalisme.

9)
Vos essais ont soulevé de vives réactions ; "Pays Perdu" aussi, roman qui mettait en partie en scène le village du Cantal dont vous êtes originaire et qui a été très mal pris par ses habitants. Est-ce le destin d'un écrivain que de se retrouver seul contre tous ? De s'engager et de prendre des risques ?

Non, pas nécessairement. D’ailleurs les écrivains sont aujourd’hui très entourés, très bichonnés. L’affaire que vous évoquez est un malentendu profond. Certains ont pris un livre d’éloge pour une dénonciation. Il faut d’abord lire, ça n’a guère été le cas en l’occurrence, et savoir lire : ce texte a engendré d’énormes contresens. Savoir lire devient de moins en moins répandu.

10)
La saison des prix approche, la première sélection du Goncourt devrait être rendue publique ce mardi. Vous vous y intéressez ? Vous pensez que les arrangements et compromissions qui ont cours pour les prix sont une fatalité ? Tout est joué ?

Cela n’a plus d’intérêt, sinon financier. D’ailleurs ces jurys se sont depuis longtemps déconsidérés. Je ne crois pas que cela vaille la peine d’en parler. C’est une farce. La littérature n’est pas là. Dommage : les prix pourraient servir à soutenir de petites maisons et de jeunes auteurs sans moyens.

10)
Votre prochain livre "Littérature monstre" paraîtra en octobre. Vous y serez plus indulgent que dans "La Littérature sans estomac" ?

Cet ouvrage recueille diverses réflexions sur certains auteurs, sur la littérature en général, notamment celle de la fin du XIXe siècle. A partir de la notion de singularité, j’étudie ce que nous devons à cette période, et ce que certains ont mal digéré. Il y a donc une partie très critique, mais qui représente seulement 20% du volume.

12)
Merci

merci

Article XI



Le Marché des amants ? Un roman d’amour d’une modernité absolue, qui nous interpelle sur notre société corsetée de tabous. Encore une fois, Angot se joue des interdits pour nous livrer, palpitante et brûlante, sa vérité. Car Christine Angot est une femme libre. Une femme rebelle. Une femme écrivaine. Une femme femme. Ce texte dérangeant suscitera les invectives des réactionnaires gênés par une telle audace. Pour l’auteur de L’Inceste, écrire est un acte. Si son roman dégage une telle force, c’est qu’elle écrit avec son corps, avec son sexe, avec son foie.

Le paragraphe qui précède est gracieusement offert aux journalistes du Monde, de Libération ou des Inrockuptibles désireux de se livrer à leur rituel exercice d’extase sur Angot. On ne peut pas lui reprocher d’avoir douze ans d’âge mental, d’écrire dans un style prépubère et de livrer ses petits problèmes d’adolescente attardée à l’univers comme si l’univers devait forcément trouver ça passionnant. Ce n’est pas de sa faute. Les placards des maisons d’édition sont pleins de manuscrits où Machin raconte sa vie dans un langage limité, ce n’est pas non plus la faute de Machin, mais personne ne songe à publier ça. Le problème commence à partir du moment où des journalistes décident d’ériger cette pauvre chose en grande œuvre. Cela ne mériterait pas qu’on en parle, mais il faut bien dire, malgré France Culture et Elle réunis, que ce qu’écrit Angot n’est ni « dérangeant » ni génial, mais pauvre, gris, pitoyable.

Angot est à la littérature ce que Britney Spears est à la musique. Le Marché des amants est formaté pour vendre, comme toutes les exhibitions médiatiques d’histoires intimes, qui ne dérangent personne, surtout pas le tiroir-caisse des industriels de la bêtise. Christine raconte « l’histoire importante », comme elle dit, vécue avec Doc Gynéco. Donc : une Parisienne blanche et qui écrit des livres tombe amoureuse d’un loulou de cité, doté d’un QI de hamster, une belle bête, imprévisible, sauvage et tendre, qui sent bon le sable chaud, Même qu’il est noir. Ouh là là, on flirte avec les limites. Comme il se doit, le bestiau a du mal à s’intégrer dans le milieu policé de madame. Par ailleurs, le cœur de Christine penche aussi vers un journaliste bobo qui hésite à larguer bobonne. La situation contient une dose de stéréotype qui dépasse largement le seuil de tolérance admis. Exhibition et stéréotypes peuvent donner de grandes œuvres. Ici, ils engendrent situations prévisibles, considérations oiseuses, interminables conversations à l’objet indécis, qui feraient passer les dialogues du Loft pour des congrès de métaphysiciens. On sombre dans un ennui gluant, somnifère, relevé ça et là de grotesque : Christine va voir sa gynéco pour tenter d’être enceinte de son Gynéco, Christine est désespérée de se voir en photo avec lui dans Voici, comme si toute son œuvre n’était pas un article de Voici enfléjusqu’à la nausée, Christine se fait mettre « une plus grosse partie [de Doc] à l’intérieur », Christine fait l’amour devant la télé qui diffuse des images des camps de la mort et s’en trouve toute gênée, Christine pleure quand Doc lui fait bouh, Christine repleure en avouant à Doc qu’elle n’a pas pu s’empêcher de voter Royal au premier tour, mais jure de voter Sarkozy au deuxième, Christine est terrifiée de s’aventurer dans le XVIIIe arrondissement (dans le XVIIIe ! Incroyable !), etc. Cela se donne pour la vérité. Cela ressemble plutôt au ressassement morne d’un névrosé obsessionnel. Comme si la vérité, c’était cette absence de toute dimension, de toute complexité, comme si la réalité était cet univers plat, dichotomique, désert, que n’irrigue aucun imaginaire. Ici, il n’y a personne, pas d’humanité, mais des figurines animées par la paranoïa (les méchants sont des « ils », une « mafia »), décrites dans un style sans force, pesant, gélatineux. Une méduse abandonnée sur du sable. Merci, Bernard Comment, de publier ce produit people dans « Fiction et cie ». Prochain opus : l’enfant caché d’Angot et Sarkozy.