Pierre Jourde
Pierre Jourde
Les livres
   

Né en 1955, en banlieue parisienne, Pierre Jourde est écrivain, professeur et critique littéraire. Il vit à Paris, mais ses racines sont dans le Cantal.

Comme professeur, après avoir été reçu à l’agrégation de Lettres, il a enseigné le français dans des collèges et lycées de l’Auvergne, du Pas de Calais, de l’Oise et de la banlieue est. Après avoir soutenu sa thèse, il est devenu maître de conférences, puis professeur des universités. Il enseigne à l’université Stendhal-Grenoble III. Pour l’essentiel, ses cours sont consacrés à l’histoire de la littérature du XIXe siècle, à la versification, à la rhétorique, à des analyses de textes allant du XVIIIe au XXIe siècle, ainsi qu’à des ateliers d’écriture. Il a dirigé quelques thèses.  

Comme critique, il s’est d’abord consacré à des recherches universitaires. Sa thèse, Géographies imaginaires, publiée chez José Corti, analyse la géographie des mondes imaginaires dans la littérature moderne. Ses deux autres grands centres d’intérêt sont, d’une part la littérature de la fin du XIXe siècle et l’esthétique de la décadence, sur lesquelles il a publié le livre L’Alcool du silence, d’autre part la notion d’incongruité littéraire, et plus généralement l’humour loufoque, l’idiotie, analysés dans Empailler le toréador. Dans le prolongement de ses recherches sur la fin du XIXe siècle, il a publié livres et articles sur Joris-Karl Huysmans et édité certains de ses textes, préfacé les Œuvres de Marcel Schwob aux Belles Lettres. L’incongruité l’a amené aux fatrasies médiévales, aux étranges dessins des Songes drolatiques de Pantagruel, sur lesquels il a écrit Portrait des mouches. C’est encore sous l’angle de l’incongru qu’il s’est intéressé à Alphonse Allais, à Vialatte, auquel il a consacré un ouvrage, L’Opérette métaphysique d’Alexandre Vialatte, ainsi que des articles et des préfaces. D’autre part, son intérêt pour le fantastique en littérature et au cinéma, et plus particulièrement pour le thème du double, l’a conduit à écrire Visages du double avec Paolo Tortonese. Enfin, il a contribué à trois volumes de « Mémoire de la critique » aux Presses Universitaires de Paris Sorbonne, collection anthologique consacrée aux critiques du passé. Il n’a jamais écrit sur son auteur de prédilection : Proust, bien qu’il l’ait souvent mis au programme de ses cours à l’université.

Lecteur assidu de ses contemporains, ses admirations sont nombreuses et variées. Il a notamment travaillé sur Valère Novarina, Philippe Jaccottet, Eric Chevillard ou Claude Louis-Combet, auxquels il a consacrés colloques ou articles. Il a dirigé quatre ans une revue littéraire, Hesperis, qui publiait des artistes et des écrivains contemporains. Il lit des manuscrits de jeunes auteurs qu’il tente d’orienter vers des maisons d’édition, avec des succès assez limités.

Littérature monstre, paru en 2008, résume l’ensemble de sa démarche critique. Enfin, l’essentiel de sa réflexion littéraire tient dans Littérature et authenticité,  ouvrage de philosophie de la littérature qui critique la notion d’authenticité et s’interroge sur les relations entre vie, expérience et écriture.

En 2002, La Littérature sans estomac ouvre une nouvelle veine, celle de la satire littéraire, qui trouvera quelques prolongements dans la presse, dans Petit déjeuner chez Tyrannie et dans les deux éditions du Jourde et Naulleau, pastiche du Lagarde et Michard et des petits classiques Larousse appliqué à quelques médiocres auteurs contemporains adoubés par la presse. Ce violon d’Ingres satirique suscite à la fois une certaine notoriété, quelques ennuis et un certain nombre de censures. S’il permet un élargissement d’audience, il prend aussi dans la presse une importance disproportionnée qui masque le travail de recherche et l’écriture romanesque.

Pierre Jourde a aussi travaillé sur certains sujets de société. Il a publié des articles sur la télévision et les médias, l’édition, la laïcité, Israël, la Bibliothèque Nationale de France, l’école. Il a consacré un ouvrage de politique fiction aux émeutes de banlieue (Carnets d’un voyageur zoulou) et fait paraître, sur la réforme de l’université, divers articles et un ouvrage collectif, Université : la grande illusion. Il tient, sur le site littéraire du Nouvel Observateur, Bibliobs, un blog consacré à la politique culturelle et éducative.

La fiction (ou la poésie) demeure, de loin, l’activité la plus ancienne, la plus constante et la plus absorbante. Elle est pratiquée dans des genres variés, que ce soit le Haïku (Haïkus tout foutus) ou de tout autres formes de poésie (Brèves de cimetière, Soliloque…) ; la nouvelle (Histoires acéphales) ; les livres composés avec divers peintres ou photographes contemporains (Kristian Desailly, Barrie Hastings, Robert Vigneau, Henri Maccheroni) ; le récit de voyage (Le Tibet sans peine), sans parler de genres difficiles à déterminer : L’œuvre du propriétaire, sorte de parodie d’édition critique, ou Pays perdu, que l’on rangera dans ce que l’on pourrait appeler, faute de mieux, le récit de témoignage.

C’est le roman qui tient la place la plus importante. Beaucoup d’entre eux, d’ailleurs, écrits entre 1983 et 1998, restent inédits. Deux attractions travaillent les récits : l’une vers le grotesque, la loufoquerie, le non-sens, l’autre vers la mélancolie. Dans mon chien et La Cantatrice avariée se situent résolument du côté du loufoque le plus débridé, Paradis noirs et L’Heure et l’ombre du côté de la mélancolie. Ces deux attractions trouvent un certain équilibre, à chaque fois différent, dans Carnage de clowns, Festins secrets et Le Maréchal absolu. On retrouve, dans tous ces romans, des éléments théorisés dans les essais littéraires.

Comment concilier des tendances aussi différentes ? Cette question de l’unité de la démarche est l’une de celles qui préoccupent le plus l’auteur de Pays perdu. Car à chaque fois, c’est le livre qui prime. Chacun a son écriture, son univers, bien différents de ceux des autres. En fait, chaque livre représente une étape dans une recherche, un moment d’un conflit intérieur irrésolu. C’est leur ensemble qui forme la véritable unité. Et s’il y a un élément commun à tous ces livres, c’est précisément la menace qui pèse sur l’unité, notamment l’unité de la personne. Le thème du double y est omniprésent.

Tous ont en partage, à plus ou moins forte dose, la cruauté, l’ironie satirique, l’inquiétude et une certaine âpreté de ton. La plupart jouent avec les limites du fantastique. Les personnages y sont moins des entités psychologiques que des figures mythiques. On retrouvera, ici et là, Orphée, Hécate, Hephaïstos, Diane, Mélusine, Psyché, l’Antéchrist, etc. Beaucoup comportent une scène de rencontre avec le monstre (ou le Démon), et tous au moins une scène de repas.

Pierre Jourde

La construction narrative joue toujours sur l’imbrication de temps différents. Surtout, c’est la question de la voix narrative qui est centrale. Il s’agit toujours, non de récits à la troisième personne, mais de discours, et le dispositif d’énonciation de ce discours est à chaque fois différent.

Qui parle ? A qui parle-t-on ? Ces questions sont indissociables de la signification de ces textes, qui tournent autour de l’énigme de la parole.

L’imbrication des temps et l’imbrication des discours aboutissent à une remise en cause permanente de la réalité des faits narrés. Les romans de Pierre Jourde racontent des existences dévorées par une fiction intérieure, et qui tentent, difficilement d’approcher la vérité, d’atteindre la substance des choses, d’absorber la chair du monde, de reconstituer une unité perdue