Pierre Jourde

Recherche universitaire

Ma thèse de littérature comparée, Géographies imaginaires, portait essentiellement sur des auteurs du XXe siècle. Il s’agissait de dresser une typologie des mondes imaginaires à travers l’analyse des cartes, des peuples et des langues. Si une partie de cette thèse est redevable à la phénoménologie de l’imagination élaborée par Bachelard, elle s’oriente vers une réflexion sur la fonction métacritique du centre vide, cher à Barthes, et de la fin comme origine dérobée, dans une perspective blanchotienne.

Ma formation universitaire ayant d’abord été philosophique, la plupart de mes recherches tentent la délicate articulation de l’ontologie et de la critique littéraire. Il s’agit d’aborder le texte littéraire comme un langage particulier visant l’être à travers sa négation, dans un mouvement comparable à celui de la théologie négative. D’où mon intérêt pour des auteurs comme Chevillard ou Novarina, qui revendiquent la dimension métaphysique de leur création, mais aussi pour la littérature fin de siècle, où la négativité constitue le moyen d’un appel d’être.

La littérature aspirant à l’universel à travers l’extrême singularité se trouve au cœur du paradoxe ontologique qui fait du fondement de toute singularité sa propre négation. La plupart des ouvrages que j’ai publiés après Géographies imaginaires peuvent donc être considérés comme des étapes dans l’élaboration d’une poétique de la singularité. Le recueil Littérature monstre, en 2008, livre un premier bilan de vingt ans de recherches, en plaçant la singularité au cœur de son propos.

Après des débuts comparatistes, je me suis orienté vers la littérature française du XIXe siècle et du XXe siècle. A la fin du XIXe siècle, la décadence, telle que l’a analysée Bourget, correspond à un processus de décomposition généralisée qui tend à une dissémination en fragments. La question du singulier se trouve au cœur des réflexions de Schwob et des théories de Taine. J’ai donc travaillé sur l’esthétique décadente, en reprenant l’idée de Jankelevitch d’une maladie de l’extrême conscience produisant une division infinie de ses objets (L’Alcool du silence). J’ai écrit plusieurs textes sur Huysmans dans la même optique et effectué des recherches sur le monstre à la fin du XIXe siècle.

Ce travail rejoignait l’intérêt que je portais depuis longtemps au genre fantastique, notamment à la figure du double, qui, par excellence, trouble la notion de singularité individuelle. L’ouvrage écrit avec Paolo Tortonese (Visages du double), publié à l’occasion du programme d’agrégation de littérature comparée, dépasse largement les limites de ce programme. Le double est analysé de l’antiquité à nos jours, dans la littérature, le théâtre et le cinéma. Il est placé dans la perspective de l’idéalisme romantique, des théories du fantastique, de l’émergence de modèles dualistes de l’esprit et du développement de la psychiatrie au XIXe siècle ainsi que du désir mimétique girardien. Des notices détaillées sont consacrées à de nombreuses œuvres.

Sans me détourner de cette perspective de la singularité, ce livre m’a permis d’aborder d’autres champs du savoir, dont l’histoire de la psychiatrie, particulièrement les cas de personnalités multiples dans leur relation avec l’hystérie. D’où l’article « La peau du double », où je reprends la question à partir de la thèse de Janet sur L’Automatisme psychologique et d’une relecture des théories de l’hystérie.

Si mes travaux, jusqu’alors, concernaient principalement l’esthétique et la thématique de la singularité, il me fallait approfondir une poétique et une stylistique de la singularité, ébauchées à propos de Huysmans. C’est l’objet de mon ouvrage consacré à Vialatte, qui analyse le lien entre style, logique et ontologie. Le goût de Vialatte pour l’incongruité et la métaphysique, la loufoquerie de certains auteurs fin de siècle m’ont amené à donner des séminaires de DEA, puis un ouvrage sur l’incongru, prolongé par un colloque et plusieurs articles, consacrés notamment à Novarina, à Hervé, l’inventeur de l’opérette, dont j’ai exhumé les manuscrits conservés à la bibliothèque de l’Opéra de Paris, aux textes de Satie, auxquels j’ai consacré une conférence donnée au musée d’Orsay, après avoir travaillé sur les annotations manuscrites en marge de ses partitions, et aux relations entre poésie et comique.

Le livre Littérature et authenticité se situe aux confins de la philosophie et de la littérature. Il s’agit de reprendre la notion de neutretelle qu’elle figure chez Barthes ou chez Blanchot, à la lumière de la pensée orientale et des inflexions que lui a fait subir Schopenhauer. Le neutre, comme horizon du sens, implique une manière de signifier qui ne passe plus par le symbolique.

J’ai prolongé ces recherches dans d’autres domaines que la littérature moderne. La question des relations entre non-sens et incongruité m’a orienté vers les fatrasies, thème de la conférence plénière que j’ai donnée en ouverture de la semaine d’études médiévales du Centre d’Etudes Supérieures de Civilisation Médiévale, en 2008. J’ai réédité le recueil de gravures du XVIe siècle Songes drolatiques de Pantagruel, avec une étude examinant sa réception au XIXe siècle. J’ai essayé d’établir que l’intérêt de ces images tient moins à des allusions politiques qu’à une rêverie sur la particule insolite, l’être comme monstre insignifiant. J’ai également montré que la parodie de l’iconographie traditionnelle de la mélancolie y aboutissait à une modification de la relation entre désir et valeur esthétique de l’objet.

J’ai placé la notion de singularité au centre de mes textes consacrés à la littérature contemporaine, en m’interrogeant sur la place qu’elle occupe dans le mode de représentation de l’autofiction : est-elle une valeur en soi, ou une dimension qui doit être dépassée ? La question esthétique rejoint celle qui porte sur la place du jugement de valeur dans le champ littéraire contemporain, où la différence semble se placer au-dessus de toute valeur. Ces interrogations ont débouché sur La Littérature sans estomac, ouvrage qui se donne plusieurs objectifs : revenir au genre du pamphlet, en théorie et en pratique, à partir d’un travail sur le détail du texte ; s’interroger sur l’état de la critique et les relations entre production et réception ; étudier l’écart entre le discours tenu sur l’œuvre, notamment sur la place qu’elle entend occuper au sein du champ littéraire, et la réalité du texte. Littérature monstre, en 2008, donne un bilan des réflexions entreprises depuis des années sur la question de la singularité littéraire.

J’ai également effectué des travaux d’édition. La Bibliographie de la correspondance de Huysmans, qui répertorie les lettres disséminées dans de nombreuses publications, a constitué une base pour l’édition de la correspondance complète, travail en cours auquel j’ai contribué durant quelques années. J’ai édité un texte retrouvé de Huysmans, publié sa correspondance avec la princesse Jeanne Bibesco, et réédité son Pierrot sceptique. Je dirige actuellement, avec André Guyaux, l’édition de ses romans et nouvelles pour la Bibliothèque de la Pléiade.

Je me suis également impliqué dans la défense de l’université, par de nombreux articles, textes et conférences, ainsi que par la co-direction, avec Olivier Beaud, d’un ouvrage collectif sur la question.

Mon travail de recherche des cinq dernières années s’est donc nettement orienté vers la littérature contemporaine et la question de sa réception critique. J’ai consacré de nombreux articles, conférences, séminaires à la situation de la critique, ainsi qu’aux nouvelles formes de censure et d’autocensure. Parallèlement, je continue à organiser des colloques sur la littérature contemporaine et les problèmes du champ littéraire contemporain.

    DEUG I

Le récit à la première personne (Prévost, Nerval, Gracq, Sartre). Technique de la dissertation.

Histoire de la littérature du XIXe siècle

Technique du commentaire composé et de l’explication de textes Notions de sémantique et de stylistique, versification

Textes littéraires du XIXe siècle (Stendhal, Musset, Nerval, Huysmans…)

Ateliers d’écriture

    DEUG II

Malraux : Les Conquérants.

Giraudoux: Intermezzo.

Le mythe de Salomé en Europe, 1870-1900.

Gracq : Le Rivage des Syrtes.

Histoire de la littérature du XXe siècle

Littérature et pratique de l’écriture (ateliers d’écriture)

    LICENCE

Malraux : Les Conquérants.

A la recherche du temps perdu, roman de formation?

A la recherche du temps perdu, roman de formation?

La théâtralité dans Du côté de chez Swann.

Spleen, mélancolie, névrose dans la poésie, fin du XIXe siècle.

Le double en littérature (Meyrink, James, Hoffmann, Cortazar…).

Espaces du fantastique (Michaux, Borges, Cortazar)

Aspects de l'humour noir, 1880-1920.

    CAPES

Culture générale, criticologie, technique de la dissertation, la poésie, le roman.

    MAITRISE-DEA

L'incongru dans le récit, 1880-1995

Anthropologie et critique littéraire

Esthétique de la décadence

    AGRÉGATION

Apollinaire, Alcools.

Stendhal, La Chartreuse de Parme.

:Nerval, Les Filles du feu, Aurelia.

    Thèses - Direction

Marie Perrin, L'Originalité de Renée Vivien (soutenue en 1999 à Tours).

Sylvie Duran, Projet d’édition du « Carnet vert » de Huysmans. (soutenue en 2004 à Grenoble III)

Christine Ramat, L’Humour grotesque de Valère Novarina (soutenue en 2007 à Grenoble III)

Anne-Laure Milcent, « Monstre et monstrueux chez Alexandre Vialatte » (soutenue en 2015 à Grenoble III).

    Thèses - Jurys

Muriel Pachaud, Physiologie de l'art chez Huysmans (Tours, juin 1996)

Edit Spiru, L'Émergence du discours de personnage dans l'œuvre de fiction de Julien Gracq (rapporteur, Paris III, décembre 1996)

Dominique Mahieux, L'Élaboration littéraire de l'expérience existentielle, le thème de la mort dans Mort d'un personnage, La mort de Baldassare Silvande, Pedro Paramo, El Otono del Patriarco (thèse de littérature comparée, Tours, décembre 1996)

Martine Boudet-Ekoué, L'Alchimie spirituelle de Joris-Karl Huysmans (rapporteur, Poitiers, juin 1997).

Thibaut d'Anthonay, Jean Lorrain, ombres et lumière (rapporteur, Paris IV, juin 1997) Yves Landerouin, La Possession du beau chez Marcel Proust et Oscar Wilde, (thèse de littérature comparée, président du jury, Tours, décembre 1997).

Dominique Paquet, Les Mises en scène de l'olfaction (thèse d'esthétique, président du jury, Paris VIII, décembre1998).

Claudio Galderisi : L'Incongru dans la littérature médiévale, une poétique des enfances, (habilitation en littérature médiévale, rapporteur, Poitiers, CESCM, novembre 1999).

Alain Schaffner : Pouvoirs de la fiction (habilitation en littérature française moderne, rapporteur, Paris IV, janvier 2000).

Young Ran-Ro, Le théâtre baroque de Julien Gracq (président du jury, Paris III, juin 2000)

Sophie Spandonis, L’imagination du monde intérieur, écritures de la psychologie dans les récits de la décadence (président du jury, Paris III, juin 2000).

Olivier Bessard-Banquy, Le roman aux éditions de Minuit : Toussaint, Chevillard, Echenoz, (rapporteur, Paris IV, décembre 2000). Cécile Ladjali, Androgynie et hermaphrodite dans le texte décadent (rapporteur, Paris IV, 2002)

Audrey Camus, Le Pays imaginaire dans la littérature narrative française du XXe siècle, Paris III, 2006.

Sabrina Granger, L’Imaginaire du sacré chez Marcel Schwob (Grenoble III, septembre 2006).

Benoîte de Montmorillon, Edition critique du manuscrit d’A rebours (rapporteur, Paris IV-Sorbonne, janvier 2009).

Thierry Toulze, Etude rhétorique de l’œuvre de Valère Novarina, Lyon II, décembre 2010.

Olivier Bessard-Banquy, La Vie du livre contemporain, habilitation, Paris VII, janvier 2011.

Ludivine Bréhier, La Superstition dans le conte fantastique, Paris III, 2014.

Marc Klugkvist, Huysmans et le naturalisme spiritualiste, Paris IV, 2014.